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17/07/2007

SMS et génération Portable : comment gribouillez-vous sur votre téléphone ?

Micro-trottoir : Les 12-15 ans sont les plus grands consommateurs de SMS, avec 57 envois par mois en moyenne. Ils consacrent près de 75 € par an à l’envoi de leurs textos (source UFC-Que Choisir). Les habitudes de la nouvelle génération vous ont plutôt inspiré… de la grogne !

Fregan

« Le SMS, comme l’email, incite au raccourci. C’est peut-être désuet ou romanesque comme attitude, mais à 27 ans, je n’ose pas martyriser la langue de Molière dans mes textos. Je n’oublie jamais un point, une virgule ou une majuscule… D’autre part, quand je vois ceux que les jeunes s’envoient dans la tronche… Je sens poindre à l’horizon une génération qui n’hésitera pas, dans son dialecte, à se dire ce qu’ils ont vraiment sur le cœur. Avec des mots abrégés qui exprimeront le fond de leur pensée de long en large !... A quand l’Académie Française du SMS ? »

Idriss

« Je n’écris jamais de SMS et mon opérateur téléphonique ne cesse de me le rappeler sur sa facture, car mon forfait me donne le droit d’en envoyer gratuitement un certain nombre. Je n’aime pas non plus recevoir de SMS. Ce n’est pas ma culture. Quand je m’adresse à quelqu’un, j’aime faire passer une émotion. J’utilise le courrier postal, qui est une authentique démarche intérieure. On peut réellement sentir dans quelle émotion est la personne qui a manuscrit une lettre, seulement à travers de la forme graphique de son écriture. Ce qui n’est pas le cas avec le SMS, qui manque de personnalité. Le texto ne développe ni la sensibilité des jeunes, ni leur sens artistique. On le remarque d’ailleurs au choix d’icônes des opérateurs, dont l’uniformité semble viser un public de « blaireaux ». Les médecins prévoiraient même une mutation de la forme des doigts d’ici plusieurs générations si l’on continue à utiliser des claviers aussi petits…».

Elise

« Mes enfants de 13 et 10 ans ne possèdent pas de portables. Ils n’ont pas un âge où l’on part vadrouiller tout seul. Ils sont de toute façon incapables de pouvoir gérer leur consommation tous seuls. J’ai déjà du mal à empêcher ma fille, la cadette, de m’appeler dix fois par jour depuis le fixe… Les enfants doivent d’abord comprendre le sens du mot « consommer » s’ils ne veulent pas devenir des drogués de la consommation. Je ne comprends d’ailleurs même pas que le portable soit autorisé avant l’âge de 15 ans ! Cela crée des incidents dans les familles, car les enfants veulent un portable un tout prix, pour faire comme leurs copains. Et c’est bien que recherchent les opérateurs : faire payer les parents à travers les enfants ! (…) Quant au SMS, c’est aussi un moyen de communiquer avec l’autre sans avoir besoin d’entrer dans une conversation avec l’autre. C’est une forme de lâcheté. Pas d’interlocuteur, donc pas d’affrontement direct. »

Patricia

« Comme je ne possède pas de téléphone fixe à la maison, j’ai pris un forfait d’une heure pour mon fils de 15 ans. Un forfait qui n’autorise pas de dépassement de facture. Massimo se sert du SMS pour que je puisse le rappeler. Il a voulu échanger son mobile contre un autre, lequel s’est rapidement cassé. Donc, pour l’instant, il se débrouille sans portable… On se fixe des rendez-vous à l’avance pour se retrouver. C’est là qu’on s’aperçoit que le portable n’est pas indispensable et qu’on a oublié qu’on pouvait exister sans lui… Quant au SMS, c’est bien trop long à taper ! Je mets parfois un certain temps à comprendre les abréviations et je n’apprécie pas les fautes d’orthographe. Avec le SMS, les jeunes apprennent à mal parler le français. »

Quelques informations supplémentaires 

SMS : un marché essentiellement « jeunes » : 8 milliards de SMS ont été échangés en 2003. 75% des textos ont été envoyés par les 12-24 ans en 2002.

Un marché pas encore saturé : Fin 2003, le nombre de clients de la téléphonie mobile s’élève à 41,7 millions en France. Trois millions de nouveaux clients ont été conquis durant cette dernière année. 86% des 15-19 ans possèdent un téléphone portable contre 69,5% pour la moyenne nationale (source : Autorité de Régulation des Télécommunications).

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Cet article est paru dans un magazine sur les nouvelles technologies durant l'été 2004 

15/04/2007

Le pire est avenir ? (2ème et dernière partie)

Lors d’un sondage, les spécialistes des nouvelles technologies ont en majorité prévu une catastrophe majeure sur Internet d’ici 2014. J’ai demandé à des inconnus d’imaginer la future catastrophe technologique. 

Cyrille, 35 ans, documentaliste (92)

2006 : Des expériences biologiques pilotées par ordinateur laissent échapper simultanément une bactérie, qui se met à agir au même moment à plusieurs endroits de la planète. Son action : dissoudre le papier. Les bibliothèques et centres d'archives sont détruits les uns après les autres. Le papier photo est aussi attaqué. La mémoire matérielle disparaît, celle des individus, des entreprises et des Etats. Des secteurs entiers de l'administration et de l'industrie s'effondrent. Il n'est plus possible d'imprimer quoi que ce soit. Le courrier sur papier est désormais impossible. On revient à la pratique du parchemin. Les éleveurs de troupeaux sont les nouveaux millionnaires, le secteur de l'informatique explose. Bill Gates éponge la dette colossale des Etats-Unis.


Ghis, 38 ans, directrice artistique (13)

2055 : Agathan se sent déboussolée par la horde de regards qui la dévisage. La beauté des lignes de son corps est devenue l’exception sur la Planète Grise : pas de plaques sur le visage, ni de membre déformé, aucune de crise de persécution… Fatiguée de se sentir exclue, et comme son corps n’est jamais en demandes de produits toxiques, elle s’est résignée à une cure de pesticides au Centre de Rééducation aux Produits Toxiques. Après quelques semaines, elle a obtenu ce corps dont elle a tant rêvé, celui qui lui permetd’être enfin comme tout le monde. A peine la cure terminée, elle a rapidement dû subir une ablation du sein suite à un méga-cancer, et de grosses plaques rouges sont apparues sur son crâne dégarni. Au fond de son âme, désormais intoxiquée, elle songeait sans cesse au carnet de son arrière-arrière-grand-mère qui évoquait cette Planète encore Bleue en l’an 2000, où les humains auraient aimé s’engager contre les pesticides générateurs de mutation, lutter contre une évolution technologique sans cesse exponentielle, combattre pour une nature plus saine et une vie plus humaine… Un temps où les machines ont commencé à dicter notre alimentation.


Jean, écrivain, 47 ans

Mai 2012. L'élection présidentielle en France capte toutes les attentions, l'Europe est suspendue à nos cyber-urnes. On a voté toute la journée de dimanche, à l'ancienne ou sur les ordinateurs mis à la disposition des citoyens. Nouveauté de taille : on a pu rester chez soi et voter sur Internet, grâce à sa carte d'électeur à puce. Malgré ce moyen révolutionnaire d'exprimer son opinion, les chiffres de l'abstention n'ont jamais été aussi bas depuis 56 ans. Il semble que les jeux soient faits, et que le grand favori, celui qui murmure à l'oreille des chômeurs sans désespérer le MEDEF, va arriver à l'Elysée dans un fauteuil. D'ailleurs, son portrait grossit à mesure que les résultats sont affichés sur les écrans... Mais les chiffres des votes à domicile, connus un peu plus tard que les autres, changent la donne : un autre portrait apparaît, celui de l'hyper-populiste Bruno G., chef du Front Salvateur, au discours belliqueux et fascisant. Un hacker a en réalité faussé les résultats. A cause d'un seul homme, des millions d'autres seront désormais gouvernés par un Leader Maximo, Guide de la Nation qui doit son élection à la toile et qui a pris notre pays dans la sienne...

 (Article prévu pour un magazine sur les nouvelles technologies... qui a malheureusement disparu à son quatrième numéro)

14/04/2007

Est-ce que la « gratuité » comme modèle de vente est une mode ? NON

La société de consommation est sur le déclin. Inimaginable il y a encore vingt ans, l’avènement des offres gratuites le montre. Il se pourrait même que la logique mercantile, triomphante depuis deux siècles, ne soit pas dominante au XXIème siècle. Explications, avec Michel Henochsberg, professeur en sciences économiques à l’université de Paris-X.

 

La société de consommation est née avec la production industrielle. En France, l’industrie du coton est la première à générer des comportements de masse dans les années 1830-1840 en mettant à disposition des sous-vêtements en grande quantité. Bourgeois, agriculteurs et ouvriers abandonnent la laine pour s’habiller de manière commode et confortable. Longtemps synonyme de bien-être et de progrès social, la consommation va s’inscrire pour longtemps dans le mode de vie de toutes les catégories de la population. Durant les Trente Glorieuses, consommer au-delà de ses besoins est encore un geste automatique.

Une perte d’ardeur consommatoire

A partir des années 80, un seuil est atteint et la consommation n’augmentera plus que de 2% par an. Si certaines marques et nouveaux produits réussissent encore à mobiliser les jeunes, ces derniers ne sont plus aussi enclins à l’ardeur consommatoire des générations précédentes. Aujourd’hui, la consommation se réduit essentiellement à l’utilitaire. Or, dans les sociétés occidentales, à l’exception d’une frange de sa population en situation précaire, la grande majorité des ménages n’est plus confrontée à la pénurie et au manque. La téléphonie mobile demeure le seul domaine pour lequel il n’y a pas de réticence à la consommation.

Selon Michel Henochsberg, professeur en sciences économiques à l’université de Paris-X, cette désaffection de la consommation tient au fait que « le commerce s’est progressivement mué en distribution, deux notions bien différentes ». Le commerce organise des rencontres entre des individus qui échangent. Inversement, la distribution, devenue massive dans les années 80, âge d’or des grands groupes et des surfaces de vente étendues, élimine toute interface entre le producteur et le consommateur final et approvisionne directement les individus en fonction de leurs besoins. Or, faire des achats ne peut se réduire à la seule acquisition de biens et de services, dans la mesure où le commerce comprend des dimensions multiples : une dimension sociale, presque ludique dans la vie en société, une convivialité que l’on retrouve toujours sur les marchés. La distribution assèche l’activité et confronte l’acheteur à une offre technique, désincarnée et anonyme. Le prix est cassé, mais le plaisir d’acheter aussi. De fait, aujourd’hui, pour les entreprises, « le but n’est pas tant de vendre un produit, mais de capter une clientèle. C’est-à-dire de se constituer une communauté d’acheteurs. », souligne Michel Henochsberg.

La gratuité appartient à la mémoire humaine

Il arrive qu’il faille acquérir une communauté de clients, quitte à perdre de l’argent. Surtout dans les domaines de l’information et de la communication, où la clientèle est un capital primordial. Des offres gratuites apparaissent, faisant partie d’un ensemble plus vaste. « La gratuité constitue aujourd'hui une technique commerciale d’approche pour séduire les consommateurs. La pratique et le sens de la gratuité, largement répandus dans le monde pré-moderne, ont été refoulés par la société industrielle, laquelle a imposé un rapport mercantile strict, y compris entre les individus. On en arrive même à « offrir » des chèques-cadeaux ! Mais si la gratuité est déstabilisante au premier abord, voire irrecevable en tant que telle, elle induit un autre type de rapports entre les individus, davantage lié à la fraternité et à la solidarité. Comme le prouvent les techniques marketing autour de la gratuité, on a désormais recours à des ressorts  antérieurs à la société de consommation. Car le commerce, dès son origine, recelait du plaisir, de la connivence, de la complicité, de la joie. », explique Michel Henochsberg. Avant d’ajouter : « Pour se revitaliser, l’économie est contrainte de se rappeler ce constat, et donc de basculer dans la logique de service, de l’humain : j’offre quelque chose et je me permets par ailleurs de vous vendre autre chose. »

 

Attention au « faux-gratuit » !

Dans le domaine des nouvelles technologies, la gratuité dans la vente recèle quelques pièges pour le consommateur. Exemple classique, les cédéroms d’essai pour logiciels ou autres jeux. « Selon l’article 1588 du Code Civil, vous entrez en relation contractuelle avec le fournisseur du logiciel dès que vous installez son produit. Il faut donc toujours veiller à respecter les conditions et délai de résiliation du contrat. », précise Luc Masson, co-fondateur du site http://www.lexagone.com.

D’autre part,  les offres promotionnelles de produits  pour 1 € d’engagement de la part du consommateur flirtent souvent avec la légalité. « En droit, il est impossible de revendre à perte, selon l’article L122-6 du code de la consommation. D’une manière générale, les promesses commerciales liées à la gratuité ou au coût réduit cachent en réalité une intégration du prix du produit ou service accessoire dans le prix du produit ou service principal. Les entreprises doivent le cas échéant rendre des comptes aux tribunaux lorsqu’elles sont poursuivies pour primes illicites ou revente à perte. On peut alors s’interroger sur le caractère trompeur de ces soit disant « bonnes affaires » que l’on paye en réalité en une fois pour le cas d’un paiement comptant, ou par mensualité lorsqu’il s’agit d’abonnement. », prévient Luc Masson.

Autre exemple de « gratuité onéreuse » : les produits offerts en étant associés à un produit principal, comme une oreillette emballée dans le package d’un téléphone. « Certains magasins refusent d’appliquer la garantie contractuelle, et pire encore la garantie légale aux produits offerts sous prétexte qu’ils n’ont pas été payés par le consommateur ! », prévient Luc Masson.

 

(Article prévu pour un magazine sur les nouvelles technologies... qui a malheureusement disparu à son quatrième numéro)

 

 
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