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19/06/2007

Composition gouvernement Fillon II : Bockel, Amara, Laporte, Borloo, Yade, Wauquiez… le Mercato s’est terminé mardi midi.

Après la composition du deuxième gouvernement de François Fillon, bilan des transferts du dernier Mercato, qui marque le début d’une saison politique bien chargée.

Profitons de cette liberté de ton qu’Internet nous offre pour… Aaaaarggggh… zut, une flèche en plein dans mon cœur… Nâan, j’déconne !

Plus sérieusement, avec la fin de l’émission « Arrêt sur Images », le droit de critiquer dans ce pays recule. Au niveau de la liberté d’expression, notre pays sera-t-il bientôt classé entre le Venezuela et le Nicaragua, ce qui est déjà le cas pour la représentativité féminine au Parlement (58ème rang mondial) ?

Bonne nouvelle pour les personnalités de gauche démarchées par les « Chasseurs de Tête » de l’UMP : Jean-Marie Bockel et Fadela Amara sont deux recrues performantes et audacieuses pour l’entreprise France. A ceux qui pleurent / conspuent / huent l’ouverture à gauche réalisée par Nicolas Sarkozy, je rappellerai sans vergogne que seules des contre-propositions politiques efficaces feront battre le cœur de la France à gauche. Et qu’avant de vouloir transplanter un cœur neuf (de gauche), il n’est pas inutile d’étudier directement le corps électoral pour ne pas provoquer un nouveau rejet.

Considéré comme un « libéral » au sein du PS, Jean-Marie Bockel, maire socialiste de Mulhouse depuis 1989, devient secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie. Il transforme sa ville en exploitant pleinement les nombreuses friches industrielles de la Cité du Bollwerk, souvent de façon originale, et en redonnant progressivement le goût du centre-ville à des Mulhousiens qui avait déserté leur plateau piétonnier. Notamment grâce au tramway, le mode de transport urbain qui devrait être généralisé. A Paris, la ligne T3, si décriée au moment de sa construction, est déjà un succès « public », six mois après sa mise en service : deux fois plus de voyageurs que l’ancienne ligne de bus, et réduction de moitié du trafic automobile sur le boulevard (de contournement de Paris) où elle a été réalisée.

Fadela Amara, la nouvelle secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, a grandi dans une cité de Clermont-Ferrand et a mené le combat du manifeste « Ni putes, ni soumises ». Elle n’est pas taillée dans le bois dont on fait les langues politiques. Elle a demandé au président Jacques Chirac de gracier les mineurs incarcérés après les violences urbaines de novembre 2005, comme un « geste de réconciliation » avec les banlieues. Elle a d’emblée affirmer : « Je n'aurais pas accepté si je n'avais pas eu une marge de manœuvre et une liberté de ton ». Dont acte. Dans un tel contexte, la nomination auprès de Christine, Marcelle, Valérie, Cécile, Marie Boutin, ardente partisane anti-PACS, promet.

Le nouveau Super Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement, du Développement et des GAFFES Durables, Jean-Louis Borloo, a déjà annoncé s’inscrire dans la continuité d’Alain Juppé. Aïe ! L’ancien Premier Ministre avait eu du mal à résister à Christine Lagarde quand elle était en charge de l’Agriculture. Borloo, qui a moins de connaissances transversales des dossiers et moins d’autorité naturelle que Juppé, saura-t-il imposer ses vues à Christine Lagarde, le nouveau Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi – un poste ô combien stratégique pour permettre à l’écologie d’occuper la place que celle-ci mérite dans notre pays - ? Heureusement, JLB a reçu le soutien d'une experte reconnue de l'écologie et des questions de santé liées à l'environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet.

La nomination différée de Bernard Laporte à octobre, comme secrétaire d'Etat chargé de la Jeunesse et des Sports, est une première. Que restera-t-il de la crédibilité de l’actuel sélectionneur de l’équipe de France de rugby après une déculottée face aux All Blacks ? Ou une élimination prématurée par l’Argentine ? Déjà que ce passionné de rugby est un novice en politique…

Enfin, certes des places ont été données à la jeune garde politique, Laurent Wauquiez devenant à 32 ans, porte-parole du gouvernement. La nomination de Yama Rade comme Secrétaire d'Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'Homme, très belle femme de couleur refusant d’être considérée comme un « alibi », permet surtout de rappeler qu’aucun candidat issu de l’immigration n’a été élu député en métropole, à l'exception de George Paul-Langevin (1). D’autre part, si les femmes sont plus nombreuses à l’Assemblée Nationale aujourd’hui qu’il y a cinq ans (106 élues – dont 61 de gauche -, contre 76 en 2002), la France remonte ainsi au… 58ème rang mondial en matière de représentativité féminine, entre le Venezuela et le Nicaragua.. Dans l'Union européenne, elle se positionne en quinzième position, derrière la Lettonie, la Pologne, le Portugal et l'Estonie. Neuf ans après l’adoption de la loi sur la parité hommes / femmes, la parité hommes / femmes est respectée pour les Ministres, mais pas pour les Secrétaires d’Etat (4 femmes pour 20 nouvelles nominations… on est loin du gouvernement « resserré » promis dans les années 2007 par le candidat UMP à la Présidence de la République). Que Rama Yade se rassure, au regard des chiffres, elle n’est pas un « alibi » : c’est un aveu d’impuissance !

Et vous, quels sont vos coups de cœur et vos coup de sang par rapport aux personnalités du nouveau gouvernement ?

(1) Après avoir éliminé au premier tour un candidat dissident de son propre parti. Le Parti Socialiste a présenté 20 "candidats de la diversité", contre 7 pour l'UMP, la plupart étant envoyés sur des circonscriptions quasi imprenables. Une dizaine d'entre eu, seulement, ont passé le premier tour.

14/06/2007

Fabius piège Borloo sur la TVA « anti-sociale » (ou « anti-délocalisations », c’est selon) : ah… si les éléphants du Parti socialiste avaient été aussi volontaires et pugnaces durant la campagne présidentielle !

Qu’on aime ou non Laurent Fabius, il faut reconnaître une chose : il connaît son métier, il maîtrise parfaitement la « technique » politique.

Dimanche soir, devant des millions de téléspectateurs, l’ancien Premier Ministre de François Mitterrand, le plus jeune qu’ait connu la France, a piégé le Ministre de l’économie comme un bleu. Un cas d’école à étudier désormais par les postulants à la plus haute fonction de l’Etat.

Face à des élus UMP pétris d’arrogance non verbale, Fabius commence par apostropher Borloo sur un ton fortuit ; genre « Monsieur Borloo, pendant que je vous tiens, juste une petite question comme ça… ». Puis il embraie sur la TVA sociale, en demandant à Borloo – avec une voix subitement rentrée, comme un môme qui a quelque chose à se faire pardonner - de lui faire (pour une fois) le petit plaisir de ne pas esquiver la question : le nouveau gouvernement, va-t-il appliquer ce nouvel impôt (bienfaiteur et régénérateur, comme tous les impôts à destination des pauvres), oui ou non ? Et l’autre, à la surprise générale… il lui fait le petit plaisir ! Face à l’enfant retrouvé en Fabius, Borloo lui lâche le morceau sur la TVA anti-sociale pour le consoler. Ou alors, pour énerver "bien involontairement" Monsieur Fillon, dont il brigue la succession avec la même gourmandise que MAM (Michèle Alliot-Marie), selon une information parue il y a quelques semaines dans Le Canard Enchaîné ?

Quoi qu'il en soit, c'est du grand art politique.

En football, cela équivaut au coup du sombrero ; sauf que Borloo se demande encore aujourd’hui où est le ballon… On pourrait appeler ce geste une « Fabiusade », comme on a honoré notre JiPéPé national en appelant le retourné acrobatique une « Papinade ». Après coup, Fillon a dû tellement remonter les bretelles à son Ministre de l’Economie qu’il peut faire du saut à l’élastique avec celles-ci tant elles sont détendues !

Devant cette nouvelle expression du talent politique de Fabius, on se demande tout de même si nous ne possédons pas en France la gauche la plus bête du monde ; et s’il ne faudra pas que des dizaines de cars d’adhérents socialistes se déversent dans Lourdes pour prier et espérer qu’un jour – ô miracle ! – les leaders du PS, aux qualités pourtant complémentaires, cessent de se foutre sur la gueule, comme s’ils s’étaient lancés mutuellement dans un concours malsain de « happy slapping » en public.

Si Fabius et DSK avaient fait corps avec Royal, Monsieur Sarkozy serait aujourd’hui retiré dans un monastère. Et l’île de Malte ne serait connue que pour son Ordre de Chevalier.

Fabius a dégoté le seul fil qui dépassait de l’armure taillé sur mesure par Sarkozy pour s’emparer du pouvoir. Tout le pull est en train de venir… L’armure est certes toujours intacte, mais en attendant, les preux chevaliers UMP vont devoir aller se rhabiller à un moment ou à un autre. Fillon sort même déjà une arme de réserve avec le « revenu de solidarité active » - ah, l’Art Nouveau de l’emploi de l’adjectif, déjà évoqué sur ce blog…-.

Quel dommage que la puissance de feu des éléphants du PS ait malheureusement tourné à plein rendement que lorsqu’elle était retournée contre les socialistes eux-mêmes ! Comme les Français n’ont pas majoritairement une tendance suicidaire, les électeurs ont préféré donner leur voix à ceux qui paraissent s’aimer en public…

Aujourd’hui, le contentieux est tel entre Delanoë, Royal, Hollande, DSK et Fabius que je me demande même, au regard des haines ouvertement étalées, si la Gauche serait capable d’unir à nouveau leur force. Ils ont oublié cette célèbre maxime de François Mitterrand (approximativement restituée ici) : « Il suffit de cent hommes, bien décidés et unis de manière indéfectible, pour prendre le pouvoir. » Sarkozy, lui, a les trouvés.

Et vous qu’en pensez-vous ?

 
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