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04/05/2007

Changer la vie

La scène est authentique. Elle date d’il y a quelques jours et se passe devant la cour d’école primaire d’un quartier populaire d’une ville bourgeoise.

Une petite fille de 8-10 ans interpelle brutalement son père : « Ah non, Papa, tu ne vas pas voter Sarkozy. Il dit qu’il faut travailler plus pour gagner plus. Si tu travailles plus, moi, je te verrai moins. J’ai pas envie que tu gagnes plus, moi ! »

On peut effectivement être surpris qu’une petite fille soit capable d’une telle logique. Ce qui m’ébahit, c’est que la majorité de la population française ne soit pas capable d’un tel raisonnement.

Un ébahissement de courte durée, toutefois.

Durant cette campagne présidentielle, j’en ai vu des brunes et des bien mûres : la haine des femmes envers Ségolène Royal, les classes sociales modestes qui filaient se réfugier dans les jupons de Nicolas Sarkozy, la timidité des médias…

Dimanche, j’irai voter une nouvelle fois Ségolène Royal. Je rêve toujours d’appartenir au premier peuple d’une grande nation qui mettra à sa tête, au suffrage universel direct, une femme, avec toutes ses qualités d’intuition, de tolérance, de combativité et de vision de l’avenir.

A partir de mardi prochain, quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, ce blog centrera sa ligne éditoriale sur une seule thématique, cohérente avec tout ce qu’il a évoqué jusqu’à présent : Changer la Vie.

03/05/2007

Ségolène : Royale !

Le dimanche 22 avril, tout semblait perdu pour Ségolène Royal. Son discours prononcé juste après les résultats prouve bien à quel point l’écart mathématique et théorique avec Nicolas Sarkozy avait coupé le souffle à cette battante née.

Et dès le lundi matin, elle jetait le trouble sur la victoire annoncée de son adversaire. L’annonce du débat avec François Bayrou et ses pérégrinations ont mis Ségolène Royal sur le devant de la scène dans un rôle d’ouverture, d’écoute active et de décisions prises avec l’assentiment du plus grand nombre.

Lors de la deuxième semaine d’entre-deux-tours, seul le débat s’avèrera décisif pour emporter la voix des hésitants, ceux qui ne savent pas pour quel candidat voter ou s’ils doivent s’abstenir de choisir.

Sur ce plan, la « pugnacité » - traduisez : la combativité efficace – de Ségolène Royal a rassuré les hésitants de l’extrême gauche, qui doutait de sa qualité à faire rempart aux tenants de l’acquis (les gens tranquillement installés dans leur vie), tandis qu’eux défendent l’acquisition (les gens en quête de tranquillité dans leur vie).

Ségolène Royal a sans douté ébahi les hésitants du Parti Socialiste qui la jugeaient molle ou « usurpatrice », par sa répartie, sa capacité de révolte et son indépendance souveraine vis-à-vis des caciques (dont François Hollande).

Enfin, Ségolène Royal a également touché les électeurs de François Bayrou qui ne sont pas centristes – soient les deux-tiers des 7 millions -, en montrant que l’image de sa personnalité et de ses idées, volontairement rapportée de manière caricaturale par les médias durant la campagne présidentielle, était fausse.

Quant aux électeurs de Le Pen, ils ont reçu consigne de « s’abstenir massivement ». Et ils le feront pour prouver qu'ils existent toujours.

En ajoutant à ces voix conquises sur le fond – désolé d’avoir sans doute agressé Monsieur Sarkozy par mon non-dit sectaire de gauche – les électeurs abstentionnistes du premier tour qui avaient fait également la différence en 1981 en faveur du vrai changement (un nombre significatif malgré une participation exceptionnelle au premier tour)…

02/05/2007

Dépoussiérez votre image du bénévolat !

Le bénévolat, ce n’est pas fatalement de l’assistanat, un gouffre à temps personnel ou un sacerdoce. Aujourd’hui, à travers le bénévolat, on sait échanger sur le mode culturel, s’approprier son lieu de vie, évoluer en électron libre, faire preuve de folie ou même… prolonger astucieusement son activité professionnelle.

“ On ne peut pas que donner de la bouffe aux gens pauvres. Des filles qui ne se prenaient pour pas grand-chose ont découvert à travers le théâtre qu’elles étaient capables de transmettre leur expérience. Interpréter un rôle devant un authentique public les a rendues exigeantes par rapport à la société. Elles revendiquent maintenant un droit à la culture. ” Partie prenante d’une aventure unique, Janine témoigne de l’extraordinaire réussite d’une entreprise folle commencée il y a trois ans par une compagnie originalement mixte, constituée de quatre bénévoles et de sept “ clientes ” du Secours Populaire. Onze femmes d’origine européenne, kurde, africaine ou arabe, âgées entre 33 et 77 ans, et dont certaines ne savaient ni lire ni écrire. Onze âmes de Morsang-sur-Orge (91) qui vidaient leur cœur dans un groupe de paroles féminin et qui ont rempli celui de milliers de spectateurs avec “ Mes pieds sur la montagne, qu’est-ce que c’est froid ! ”, une pièce pleine d’humour et de tendresse sur les péripéties trop répandues des gens sans le moindre soutien financier.

Ce transfert d’émotions n’aurait peut-être jamais existé sans la drôle de démonstration de Ramata, l’une des onze femmes en colère. Un jeudi après-midi comme un autre, cette africaine enjouée amuse le groupe de paroles avec ses problèmes pour obtenir un appartement. En se mettant dans la peau de tous les intervenants de son parcours du combattant, de la secrétaire de mairie à sa propre concierge. Le théâtre se dessine alors comme un possible mode d’expression des peines contenues. Natascha Rudolf est contactée. Dans un premier temps et durant six mois, cette metteur en scène professionnelle de 36 ans travaille avec onze volontaires… sans la parole. “ Ces femmes se définissaient par des phrases à forme négative. ”, explique-t-elle. “ Je désirai leur montrer que la langue est secondaire. Qu’on peut faire du théâtre avec un vocabulaire réduit et un accent fort. ” Elle met en mouvement le corps de femmes pour la plupart au foyer en leur demandant d’imager des expressions vécues comme “ rester sur le carreau ” ou “ la spirale de l’échec ”. “ Pour les femmes musulmanes, donner leur regard sans avoir le sentiment qu’on leur vole leur âme a exigé de la patience.  Malika, pratiquante, joue avec son foulard et les bras couverts. Le théâtre, c’est extraire de chacun son essence particulière. On n’a pas besoin d’être l’autre pour être intéressante. ” précise Natascha. Toujours désireuse de se laisser colorer par les idées de l’autre, elle construit un spectacle respectant mot à mot les confidences de ses onze élèves reportées sur les traditionnels Cahiers de l’Espoir du Secours Populaire. En une heure de saynètes, elle dénonce la traversée d’une frontière avec un passeur, l’indifférence du personnel à l’ANPE, le passage dévastateur de l’huissier, le vol d’un enfant et même… une certaine ironie de la distribution alimentaire au Secours Pop’ ! Sans jamais verser dans le sordide. Certaines mères apprennent leur rôle à l’aide de cassettes audio. D’autres s’aident de leurs enfants et découvrent un autre échange dans la cellule familiale. On ne peut s’empêcher de pleurer lors des premières répétitions. La nouvelle activité hebdomadaire, qui occupe chaque jeudi, est source de discussion à l’intérieur des couples. “ Les maris avaient moyens de s’interposer, mais ils ne l’ont pas fait. ”, rappelle Natascha. “ J’étais un élément perturbateur, car j’encourageais ces femmes à prendre du temps rien que pour elle. ”. Le changement tient de la révolution. Parmi les “ comédiennes ” du Secours Populaire parties trois jours en tournée à Grenoble, quelques-unes n’avaient jamais dormi à l’hôtel. Les filles marchent même en septembre dernier sur les traces de Coluche et Ferret sur la scène du Dejazet. Sans souci financier. Tous les frais de l’opération, de la rémunération de Natascha à la prise en charge des frais de cantine le jeudi pour les enfants, sont couverts par des subventions décrochées auprès de collectivités territoriales.

L’envie de témoigner rapproche les filles, comme le confirme Natascha “  Il existe une correspondance forte entre la condition féminine des musulmanes aujourd’hui et des françaises qui ont connu l’Après-Guerre. ”.  Mais les filles se rapprochent avant tout d’elles-mêmes. Ainsi, Rosemonde, 58 ans, confie : “ J’ai été abandonnée par mes parents à l’âge de neuf jours, mariée à 17 ans et je ne connais pas ma mère. Ma fille a appris mon passé lors de la première représentation. Elle ne pouvait pas nous filmer tant elle tremblait. Si jusque là je me laissais faire dans la vie courante, j’ai maintenant appris à m’exprimer librement. ” Une fille a retrouvé du travail. Une autre a passé son permis de conduire. Et au début de l’année prochaine, une nouvelle expérience pourrait se profiler, avec un emploi du temps permettant d’inclure les femmes salariées. La solidarité ne manque jamais d’imagination.

Le village dans la Cité

Dans la cité de la Pierre Plate à Bagneux, forte de 839 logements, les habitants sont devenus employeurs de travailleurs sociaux. Sous l’égide de l’association Vis avec nous, ils bénéficient, dans un grand chalet en bois au milieu des barres d’immeubles, de huit spécialistes, de l’éducateur spécialisé à la psychologue. Un service complémentaire aux institutions officielles. Voire plus disponible, comme le confirme Fatima, solidement défendue aux Prud’hommes : “ Ici, c’est comme une deuxième maison. On peut boire un café sans devoir parler. Ou pleurer sur une épaule en toute confidentialité. Alors que ma propre assistante sociale n’avait qu’un quart d’heure à me consacrer et n’a pas refermé la porte lors de l’entretien. ”.

Cette situation originale s’est installée dans les années 80. Des morts violentes de jeunes, notamment consécutives à l’usage de drogues, conduisent les habitants de la Pierre Plate à imiter le modèle du travail social communautaire. A l’instar des pays en voie de développement où, en l’absence de moyens institutionnels, la population est accompagnée dans sa propre prise en charge. Une assistante sociale de Bagneux d’origine chilienne aide à la mise en place d’une formation autour de la toxicomanie. Des travailleurs sociaux sans mission d’accompagnement individuel sont embauchés en contrat à durée déterminée. De réunions entre habitants et professionnels (procureur de la République, sociologue, brigade des stups, etc.) en visite de maison de post-cure se développe une sérieuse connaissance d’un problème dépassant alors les pouvoirs publics. Elle aboutit à la création d’un diplôme local de “ Volontaire de Santé ”.

Pour déterminer les autres attentes des locataires de la Pierre Plate, une enquête participative est réalisée auprès de 500 habitants. L’association Vis avec nous est créée pour les mener à bien.

“ En 1990, le conseil général du 92 nous a proposé une habilitation “ Club de prévention spécialisé ”, qui permet d’obtenir des financements réguliers d’une année sur l’autre pour embaucher des travailleurs sociaux ou réaliser des projets éducatifs. Depuis, les actions sont pérennisées à la Pierre Plate. ”, précise Nicole Jibard, présidente de Vis avec Nous. Aujourd’hui, avec une trentaine de bénévoles investis, une dizaine d’activités majeures – dont un potager de 500 m2 - et un superbe projet de formation autour du thème brûlant de la parentalité, Vis avec Nous amène les habitants de la Pierre Plate à s’approprier toujours davantage leur cité.

Professionnellement bénévole

Responsable d’un centre de soins des addictions à Bourg-la-Reine, Frédéric Voize, 32 ans, mène de front plusieurs activités de bénévole… en rapport avec son travail auprès des personnes dépendantes du tabac, de l’alcool, du cannabis et des drogues de synthèse. En tant que trésorier de trois associations, il œuvre à favoriser l’implantation de récupérateur - échangeur de matériel stérile pour les usagers de drogue, à promouvoir les pratiques communautaires dans le domaine de la santé ou à intervenir en alcoologie. “  SAFE, l’Institut Renaudot et la Fédération Française d’Alcoologie Ambulatoire ont la particularité d’être à l’origine montées par des professionnels du corps médical qui se sont plus attachés au fond qu’à la forme. Mon but est de réorganiser ces structures afin que plus de monde soit touché par leurs actions. ”, précise Frédéric Voize. Avant d’ajouter : “ Ces liens non professionnels étoffent mon réseau de connaissances dans le domaine de la santé en général. Et facilite l’organisation d’événements en bénéficiant d’une authentique synergie. ” Très occupé, il essaie toujours de se réserver le dimanche. Et avoue : “ Une fois passé le cap de l’orgueil et de l’autosatisfaction dans son bénévolat, on en tire les fruits car l’on est vraiment dans le don. ”

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Cet article, restitué ici en intégralité, était paru dans un grand magazine d'information il y a quelques années... 

 
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