Avertir le modérateur

30/08/2007

Iran, Zapatero, Poutine, Turquie : les gaffes internationales à répétition de Fillon et Sarkozy

« Nommer François Léotard au Ministère de la Défense ? Il serait capable de déclarer une guerre sans nous avertir ni l’un, ni l’autre. » Cette phrase célèbre de François Mitterrand, confiée à Jacques Chirac, date de 1986 et de la formation du premier gouvernement de cohabitation.

Elle me revient à l’esprit devant l’accumulation de gaffes à l’international de Nicolas Sarkozy et François Fillon.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par le Premier Ministre. Cet homme de l’ombre (celle projetée par le Président de la République) a cru bon d’affirmer dimanche soir sur TF1 que son homologue espagnol lui avait confié, en juillet dernier, qu'il regrettait la régularisation de 690 000 sans-papiers à laquelle son gouvernement avait procédé en 2005. Mieux, Rodriguez Zapatero s’était même engagé « à ne plus le refaire ». Sur les conseils de François ?

Le démenti n’a pas tardé : contrairement aux propos de Fillon, Zapatero a clairement souligné à la presse qu'il ne regrettait en aucune façon cette décision « nécessaire, commode et positive ». Il a expliqué que son gouvernement et lui même considèrent que « personne ne peut travailler dans l'illégalité ». En particulier, pour les près de 700 000 sans-papiers régularisés. Son ministre des Affaires étrangères en a remis une couche, pour être certain que la couleur rose de ces propos tienne bien cette fois-ci de l'autre côté des Pyrénées, précisant que cette politique avait été « un succès », et qu'elle est aujourd'hui « un modèle pour de nombreux pays ».

Avant de lui voler dans les plumes, et de le finir au goudron, Nicolas Sarkozy serait bien avisé de goûter aux retombées de son discours devant les ambassadeurs français, avant de fumer son Premier Ministre derrière les cyprès.

Après ce discours, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a estimé que les propos de son homologue français Nicolas Sarkozy évoquant un risque de bombardement de l'Iran traduisaient son « manque d'expérience ». Ajoutant : « Peut-être qu'il ne comprend pas vraiment le sens de ce qu'il dit ».

Monsieur Sarkozy s’est également fait reprendre par la bouche de Moscou, dont on se demande si l’on ne préférait l’époque de l’œil (de Moscou), tant Poutine semble mettre inexorablement en place un programme visant à le reconduire « légalement » à la tête de l’état russe (alors que la constitution actuelle l’en interdit).

On ne peut que louer la « volonté de réforme » du nouveau Président de la République. Comme l’a rappelé dimanche dernier à Melle, Mlle Royal. Laquelle a ajouté qu’il fallait tout de même attendre de constater les résultats avant d’exulter devant tant de renouveau… pour l'instant, essentiellement verbal. Et encore, ce renouveau est parfois aussi cyclique que le printemps. Par exemple, l’annonce de la création d’un hôpital fermé… datait déjà d’il y a trois ans.

Mais ces « couacs » diplomatiques successifs font mauvais genre dans le monde. Sauf en France, où la diplomatie reste de mise dans la plupart des rédactions (sauf, dans l'excellente Rue 89, à consulter matin, midi et soir).

Il n’y a peut-être pas d’inquiétude à se faire. Nicolas Sarkozy sait infléchir sa position quand il le faut. Comme sur la Turquie. Après s’être prononcé contre l’adhésion de ce pays à l’Union Européenne durant la campagne présidentielle, Monsieur Sarkozy, il reste favorable à « une association aussi étroite que possible, sans aller jusqu'à l'adhésion ».

Cela n’amorce-t-il déjà une ouverture de la part du Président ?

29/08/2007

Rocard, rentrée scolaire, Accords de Darcos et Sevelnord : les électeurs du centre (de droite et de gauche) représentent toujours l’équilibre de la France

Il ne faudrait pas que dans la mémoire collective, l’esprit de toute politique de gauche devienne « Travailler MOINS pour gagner plus », comme le suggère le tollé de l’affaire Sevelnord.

A force de tirer à boulets rouges-communistes sur toute initiative visant à récompenser le travail, les électeurs « décisifs » iront s’abriter sans compter derrière les tenanciers d’une pratique ultralibérale dans le monde du travail

Qui sont les électeurs « décisifs » ? Ceux que l’on qualifie d’« éternels indécis », mais qui sont avant tout ceux qui ne votent pas systématiquement à droite ou à gauche, et qui réfléchissent au sens, plus qu’au contenu, des programmes électoraux et donc, des mesures sociales. Ils appartiennent souvent à la classe moyenne, c’est-à-dire aux travailleurs qui ont la chance, en raison de la structure de leur emploi, de pouvoir évoluer rapidement dans leur poste et donc, dans leur rémunération. Leur vie pouvant sensiblement changer à chaque élection, en fonction des décisions prises, ils croient peut-être davantage aux effets d’une politique, de gauche ou de droite.

Mais revenons au tollé provoqué par l’innovation en matière de politique sociale suggérée par l’usine Citroën Sevelnord d'Hordain.

Afin d'encourager l'assiduité, la direction de cette usine a décidé, en plus de la prime d'assiduité d'environ 30 euros par mois, d'accorder une récompense exceptionnelle aux ouvriers qui n'avaient pas été absents un seul jour depuis trois ans. En mai, elle a distribué des chèques-cadeaux d'une valeur de 100 euros à 766 ouvriers sur 2755 au total. Et l’un d’entre eux, tiré au sort, a gagné le dernier modèle sorti de l'usine, une Peugeot Tepee d'une valeur de 26.000 euros.

« Procédé totalement discriminatoire. », s'insurge la CGT, qui compte porter bientôt l'affaire devant les Prud'hommes de Valenciennes. Passons sur la illégalité supposée de cette décision de la direction de l’usine, puisque selon une jurisprudence de 1992, une prime d'assiduité ne peut être jugée discriminatoire dans son principe même.

Le reportage au Journal Télévisé de France 2 d’hier soir a oublié de mentionner un détail important (en plus des 30 euros attribués chaque mois pour assiduité) : selon la direction, les personnes en congé maternité ou bien en arrêt maladie suite à un accident du travail ont tout de même pu bénéficier de la récompense. La CGT affirme, elle, que les ouvriers en arrêts maladie ont été exclus du dispositif.  A chacun son rôle ?

Personnellement, sur cette affaire Sevelnord, je me pose une question : où est le scandale ?

Je n’ai pas été absent durant la dernière année, et j’aurai aimé toucher 360 euros pour une année d’assiduité au travail. Prime multipliée par deux, puisque ma compagne est dans le même cas (elle n’a pris que des jours « enfants malades », prévus par sa convention collective). 720 euros, "juste" pour avoir été bosser… cela représente une belle semaine dans une location sympathique.

Je rappelle que cette prime pour assiduité n'a rien d’une sanction, mais demeure une récompense.

Bien sûr que ce n’est de leur faute si les gens sont malades. C’est pourquoi la solidarité de la Sécurité Sociale a été mise en place : pour pallier à cette « injustice », et permettreà toute personne, notamment celles atteintes de maladies graves de mener leur vie avec des moyens financiers quasi-identiques.

PSA-Citroën a rapidement indiqué qu’il ne s’agissait que d’une initiative locale et non reconduite. A 360 euros par an la récompense pour assiduité, j’ai le sentiment qu’une bonne partie du monde ouvrier, s’il est informé de tous les tenants et tous les aboutissants de cette « affaire Sevelnord », ont dû faire la gueule…

Cette affaire retentissante montre bien que, quelles que soient les mesures sociales prises, il faut savoir raison garder. Et ne pas vouloir trop vite préciser qui sont les "bons" et qui sont les "méchants".

 

Prenons l’autre affaire, cette fois non-dite en tant que telle : les accords de Darcos.

Les distributeurs convoqués hier par le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos se sont engagés à vendre une trentaine de fournitures scolaires au même prix que l'an dernier ou à prix coûtant.

Ah bon… la belle affaire ?

Selon le Journal Télévisé du soir de France 3, la moitié des familles ont déjà acheté le matériel scolaire pour leurs enfants (dont moi-même). Le temps que les distributeurs répercutent les prix à la baisse dans leurs rayons (et que l’Etat contrôle l’application de cette mesure sociale), le 4 septembre, jour de la rentrée scolaire pour ceux qui font la semaine de 5 jours, sera déjà passé depuis belle lurette.

Tout cela fleure bon l’effet d’annonce…

Dans la foulée, Xavier Darcos annonce placer « sous la haute autorité » de l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard le comité chargé d'organiser la concertation sur la revalorisation du métier d'enseignant. « Un homme réputé pour avoir des idées », a justifié le Ministre.

Plutôt que de critiquer cette poursuite de l’ouverture à gauche, les socialistes seraient bien avisés de dire que Darcos a effectivement bien besoin de Rocard. Surtout lorsqu'il se montre seulement capable de prendre des décisions sur l’année scolaire à venir à peine deux jours avant la rentrée des classes.

Et vous, quel est votre avis sur l’affaire Sevelnord et les accords de Darcos ?

27/08/2007

Raymond Barre, lady Diana et le maire d’Argenteuil : du SDF à l’ISF, chacun a droit à une politique à visage humain

Atypique, Raymond Barre. Premier ministre durant cinq ans (une longévité seulement battue par Georges Pompidou sous la Vème République) et le dernier à avoir tenu équilibrés les comptes du pays (malgré la crise pétrolière ; et en ayant certes échoué dans la bataille du chômage), maire de Lyon n’ayant pas souhaité renouveler son mandat et ayant donné à cette ville la dimension internationale qui lui manquait, candidat à la Présidentielle de 1988 sans compromis ni promesses faramineuses (préférant ne pas accéder à la tête de l’Etat que de se renier), cet homme politique préférait « être impopulaire qu’irresponsable ». Il restera dans nos mémoires, au même titre que Michel Rocard et Jacques Delors, pour son intégrité et son indépendance.

Lady Diana était du même bois, dont on ne fait pas les langues en politique. Cela fait dix ans qu’elle a disparu et, à la « non-demande » de la famille royale britannique, aucune stèle ne commémore l’événement au Pont de l’Alma. La crainte du souvenir ? Même Napoléon avait fait raser le quartier du Temple – dernier lieu d’emprisonnement de Louis XVI – pour éviter tout culte de la royauté. Aujourd’hui, certains imbéciles de haut niveau n’hésitent pas à braver la circulation pour aller photographier le 11ème poteau1 fatal à la Princesse de Galles dans le tunnel qui lui fut fatal. Les mœurs morbides n’ont guère évolué depuis l’époque des exécutions publiques, où certaines personnes prenaient des risques insensés pour voir s’exercer la peine capitale, et mourraient même parfois en tombant de l’arbre où il cherchait à mâter ce nirvâna de bas niveau. Associant royauté et bienfaisance universelle, à contre-courant de l’Histoire, donnant un visage humain à ces guignols de droit divin, Lady Diana était intègre et indépendante. Elle restera dans nos mémoires.

Quant au maire d’Argenteuil, il a choisi d’utiliser des produits à l'odeur nauséabonde pour déloger les SDF du centre-ville. Un « produit non toxique » et utilisé « à titre d’essai », précise cette municipalité UMP, qui prétend être « l’une des rares villes de France à proposer un hébergement temporaire toute l'année ». Soit.

Les SDF ne sont pas du même avis, trouvant ce produit nocif pour leurs yeux. Idem pou la ministre du Logement Christine Boutin (UMP), qui a « dénoncé avec la plus grande fermeté de tels procédés ». De plus, le maire d’Argenteuil est coutumier des décisions radicales pour éloigner les SDF : depuis 2005, chaque été, il prend des arrêtés pour interdire la mendicité dans le centre. Compte tenu de l’escalade dans les procédés, pourquoi ne pas organiser une rafle parmi les SDF ? Il s’agit bien sûr là, d'une fiction. La vérité est tout autre : on ne"déporte" pas les SDF, on les déplace. On les oblige à migrer vers un autre quartier. Cette technique est connue : on déplace le problème, on ne le résoud pas. On s'étonne de "point de fixation" des gens de la rue, alors qu'on ne cherche pas de solution globale à ce problème de société. Du SDF à l'ISF, tout le monde a droit à une politique à visage humain.

Comme il nous y a habitués depuis sa prise de pouvoir, Monsieur Sarkozy pourrait se rendre sur place, serrer la main aux victimes et organiser une réunion interministérielle sur la question des SDF. Chiche ? 

1 Pour ne pas encourager à l’imbécilité de haut vol, le numéro du poteau a été volontairement changé

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu