Avertir le modérateur

30/05/2007

Série Télévisée : « Delhi Royal »

Fort de curry !

Les aventures délirantes d’une troupe produite par Jon Plowman (« Ab Fab »)

Une famille indienne poussant l’intégration jusqu’à devenir des beaufs de la perfide Albion, un dragueur si bien habillé qu’il s’est spécialisé dans les vestes récoltées auprès des filles, un groupe musical décidant de s’appeler « Tony Blur » pour surfer sur les sondages effectués auprès de la jeunesse, ou encore un anglais contraint à une orientalisation pour « grimper » dans une entreprise détenus par des Hindous, vous trouvez ça, drôle ? Non ? Alors décompressez et mettez-vous instantanément au vert avec les histoires fort de curry de l’équipe du « Delhi Royal ».

Après avoir remis du désordre sur les ondes radiophoniques britanniques, ses six trublions, enfants de l’immigration indienne à Londres, ont poursuivi avec succès leur théorie du chaos sur la BBC. Avec tout le respect pour l’irrévérence exigée en la circonstance, ils ont pris le relais des Monty Python et la troupe du Comic Strip. Ils perpétuent ainsi une solide tradition d’outre-Manche consistant à produire une demi-heure de folie par sketchs courts et percutants, cultivant l’absurde en toute saison. Dans leur aventure cathodique, ils ont été produit par un maître en la matière, Jon Plowman, déjà aux mêmes manettes pour la sitcom « Absolutely Fabulous » et le show télévisé « French and Saunders ». Certes, ils ont parfois l’humour pétomane un peu trop prononcé. Mais, excellents comédiens, ils parviendront à vous faire prendre des vessies mal embouchées pour des symphonies de bonheur.

-------------

Critique parue jadis dans le Nouvel Observateur 

29/05/2007

Série télévisée « Reporters » sur Canal+ : un triple plaisir

Critique spécialisé sur les séries télévisées au Nouvel Observateur entre 1994 et 2002, j’ai vécu l’immense privilège de découvrir en avant-première nombre de séries cultes. Mieux, je les ai découvertes sans à-priori, sans être influencés sur la valeur de ces fictions par des ouïes-dires ou des non-dits. Une chance inoubliable.

Ce travail, à vrai dire, n’en a jamais été un. Trois semaines avant le grand public, vous découvrez un ou plusieurs épisodes d’une œuvre – rarement plus de trois - sur une cassette vidéo à un moment choisi. Vous riez, vous êtes émus, vous râlez… tout en étant payé !

Le critique possède effectivement une position bien plus aisée qu’on ne l’imagine. Son travail ne nécessite aucun travail de recherche, aucune synthèse, pas la moindre investigation. Il consiste à exprimer le plaisir qu’il ressent (ou non) face à une œuvre. Et, à mon sens, à justifier pourquoi le téléspectateur devrait consacrer à cette œuvre son bien le plus précieux : son propre temps.

Mon plaisir à mâter le feuilleton « Reporters » de Canal+, dont les deux derniers épisodes sont diffusés ce soir - est triple : en tant que journaliste, en tant qu’ancien critique de série télévisée, et en tant que fan de série télévisée.

En tant que journaliste, je suis heureux qu’une fiction parle de mon métier avec subtilité. Le grand public comprend bien, à travers la diversité des situations évoquées, combien rendre compte de l’information avec objectivité et efficacité est délicat pour une seule et même raison : l’influence sur les événements futurs. Pas seulement au plan national, voire international. Mais aussi au plan individuel : toute personne peut voir sa propre vie bouleversée par un reportage auquel elle participe comme témoin. Comme bien des personnes peuvent voir leur existence influencée par des informations non diffusées…

En tant qu’ancien critique de série télévisée, je suis comblé par la scénarisation de l’histoire : une accroche haletante en début d’épisode, des « cliffhanger » - rebondissement de fin d’épisode qui vous donne envie d’en connaître la suite – particulièrement bien étudiés, et des histoires parallèles sachant se lasser au bon moment de leur trop droit chemin pour s’entrecroiser astucieusement. Et aussi, un excellent résumé des épisodes précédents qui permettent, au choix, soit d’entrer dans le feuilleton à tout moment, soit d’être d’emblée investi par des personnages que l’on a quittés durant une semaine.

Quant au casting, les trois rôles majeurs de « Reporters » sont tenus par des acteurs charismatiques (Didier Bezace, Christine Boisson, Patrick Bouchitey), qui ont ainsi peu besoin de parler pour faire progresser l’intrigue chez le téléspectateur.

En tant que fan de série téléviséeSix Feet Under, Profit, 24 et Seinfeld, entre autres -, je suis touché par une fiction française de qualité… et j’espère que cela donnera envie à des producteurs d’investir dans les auteurs de notre pays, pour raconter des histoires avec une touche française… ou se (re)lancer dans des sitcoms, à l’image de cette expérience non poursuivie par Canal+ à la fin des années 90.

 

Série Télévisée : Six feet under

“ Six feet under ” figurera sans doute parmi les meilleures fictions télévisées de l’actuelle décennie. Emploi imaginatif des personnages récurrents, formidable capacité à mener plusieurs intrigues de front sans désintéresser le téléspectateur de l’une d’entre elles, intelligence dans le traitement des sujets (l’amour entre homosexuels, la passion pour un veuf, la vie (juste) après la mort, la psychologie, etc.), usages astucieux de scènes imaginaires… cette série-feuilleton américaine s’inscrit comme une formidable leçon d’écriture pour tous les scénaristes. Ses dix ans d’avance lui ont été conférés par Alan Ball, scénariste de “ American Beauty ”. Comme dans son long métrage primé par cinq Oscars, il développe une idée simple : si, à l’instar des animaux et des plantes, les êtres humains ont à la fois besoin de l’ombre et de la lumière pour s’épanouir, pourquoi devraient-ils se priver de leur droit à l’obscurité ? Dans “ Six feet under ”, presque tous les héros ont profité d’une vie parallèle, cachée à leurs proches, pour grandir, jouir de l’existence ; ou tout simplement survivre. Au fil des épisodes, on s’attache toujours plus aux membres de la famille Fischer, entrepreneurs de pompes funèbres et dont les différences se gomment au fur et à mesure de la mise à jour de leur existence secrète. Promise à une seconde saison, “ Six feet under ” est une réflexion profonde sur l’existence d’une drôlerie et d’une tendresse irrésistibles à conserver en vidéo. Pour l’Histoire.

 

-------------

Critique parue jadis dans le Nouvel Observateur 

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu