Avertir le modérateur

14/09/2007

Après France-Ecosse, France-Russie et avant France-Namibie : Domenech et Laporte, deux façons de manager différentes... pour un même résultat ?

Se forger un esprit, cela passe par le corps ou l’âme. Surtout pour l’esprit d’un sport collectif. Domenech a choisi de toucher l’esprit en passant par l’âme, Laporte en passant par le corps (voire sur les corps).

La défaite en match d’ouverture contre l’Argentine vendredi dernier (disputé devant 14 ministres en exercice) est pour l’instant inoubliable. La faute au battage de la publicité à la télévision, tout comme à cet une de Courrier International placardée partout dans le métro parisien et titrant, à propos du XV de France : « Pourquoi la France fait peur ? ».

Dans ma chronique de lundi dernier, j’ai stigmatisé ce « management par la peur », dont parle cette semaine Le Canard Enchaîné, et qui est la caractéristique de Bernard Laporte, et de son mentor, le Président De la République (la convocation des vingt préfets n’ayant pas rempli leurs quotas de « reconduite à la frontière » - pris en flagrant délit de « manquement à l’immigration » ? -, hier, en est l’exemple emblématique).

En effet, les rumeurs d’un remaniement ministériel en janvier, qui serait alimenté par Nicolas Sarkozy selon le Canard Enchaîné, ont pour but d’obliger les ministres à donner le meilleur d’eux-mêmes dès maintenant.

Avoir la culture du résultat, si rare dans notre pays, c’est une excellente façon de procéder pour l’entreprise France, comme pour les autres. C’est tout à l’honneur de Nicolas Sarkozy. Mais tout dépend sur quelle philosophie se fonde cette culture du résultat.

Du coup, avec le « management par la peur », les ministres sont tétanisés, ils ne prennent plus d’initiative. Tels des Coqs français face aux Pumas argentins.

Après plusieurs mois d’entraînement acharné, nos rugbymens portaient ainsi haut et fort un incroyable slogan : « Travailler plus pour gagner moins (de matchs) ».

Conséquence, en "psychologue émérite", Laporte a apporté 12 changements dans son équipe pour affronter la modeste Namibie. 80% de l’effectif !!!

En mettant la pression sur les corps à travers ce management de la peur - dans le but de faire corps avec quoi ? -, Bernard Laporte s’est attiré, dès le premier résultat défaillant, la mauvaise énergie de tout pays. Pour ainsi, la méfiance, voire la défiance, de nombreux supporteurs. Il ne s’agit là que d’une réaction épidermique, d’un banal reflexe… du corps.

Ainsi, la mise en vente sur le site de Bernard Laporte de 10 000 maillots du XV de France, dédicacés par leur entraîneur, vendu 130 euros – après une « réduction exceptionnelle de 20% » -, alors qu'il coûte 52 euros dans le commerce, fait immédiatement polémique. Dans le contexte d’une victoire contre l’Argentine, cette opération n’aurait même pas été évoquée… Idem pour la lecture de la lettre de Guy Moquet avant la rencontre, Poitrenaud venant d'affirmer que les Bleus étaient passés pour "des cons".

Visiblement, personne n’avait prévu l’échec contre l’Argentine. Pas même les joueurs. Ils ont mis trois bons jours à sortir du K-O. Peut-être que Bernard Laporte, qui ne ménage pas ses joueurs, ferait bien de cesser ses effets de ménagerie, et gagnerait ainsi, subitement, un tout petit supplément d’âme salvateur. Par exemple, en interdisant désormais la diffusion des images filmés dans l'intimité de ses joueurs avant le terme de la compétition, comme ce fut le cas pour l'excellent documentaire "Les Yeux dans les Bleus" en 1998.

Heureusement, rien n’est fini pour le XV de France dans cette compétition. Ni pour les Bleus de Raymond Domenech, soumis au même impératif que les hommes de Laporte : remporter leurs trois prochains matchs de compétition.

Raymond Domenech travaille sur l’âme pour forger les esprits, et ainsi, mobiliser les corps vers la victoire. Il n’est pas là pour exister : il est là pour faire gagner son équipe et prendre tous les coups qui sont ou seraient destinés à ses joueurs. Quand l’équipe de France perd, c’est de sa faute. Quand les Bleus gagnent, tout le mérite leur revient. C’est un supplément d’âme irremplaçable. Il n’existe pas meilleur moyen de libérer les esprits que de les laisser intégralement engranger tous les bénéfices des performances rapportées par leur corps…

De plus, et le message est ultra-clair : les meilleurs ont toutes leurs chances d’intégrer l’équipe. Qu’il soit vieux et pistonné par Zidane (je plaisante, Claude ;-), qu’il soit jeune sans jouer dans leur club (Diarra), qu’il blâme le sélectionneur (Mexès, etc.), ou qu'il porte incroyablement la poisse (trois défaites 1 à 0 pour les trois dernières titularisations de Trézéguet)… Domenech ne demande pas aux joueurs de les respecter, mais de respecter le maillot tricolore (pas façon Roger Lemerre en 2002 ;-). Sans jamais le dire.

Conséquence de cette approche de l’esprit par l’âme : samedi dernier face à l’Italie, même assis dans les tribunes, il a communiqué avec ses joueurs à travers l’âme. Même si avant-hier, face à l’Ecosse, le fameux « fighting spirit » était encore et toujours britannique. C'est pourquoi je suis bien moins inquiet pour la suite des événements (la conquête d'un titre international) pour le XI de France que pour le XV de France. Et vous ?

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu