Avertir le modérateur

23/07/2007

Addiction aux jeux vidéo et à Internet : des dépendances silencieuses (2ème et dernière partie)

Comment rendre un jeu addictif

Selon Marc Valleur, un jeu “ addictif ” doit comporter une part de renforcement aléatoire. C’est la part strictement comportementale de l’addiction, conforme aux schémas du pape du “ béhaviorisme ” américain B.F Skinner. “ Par exemple, apprenons à un rat de laboratoire à danser le French Cancan. Dans un premier temps, à chaque fois qu’il pose son pied chaussé d’une ballerine sur un levier, il reçoit de la nourriture. Dans un second temps, quand le pied est posé, la nourriture n’apparaît qu’une fois sur trois. Dans un troisième temps, quand on donne de la nourriture, la quantité est variée. Tantôt, le rat récolte une graine, tantôt une poignée de graines. Le comportement est ainsi fixé dans le rat. Et l’animal continue d’appuyer sur le levier pour savoir s’il se passe quelque chose. ” Chez l’être humain, l’un des modes de renforcement aléatoire consiste à regarder tous les matins dans sa boîte aux lettres, électronique ou non. Ce conditionnement simple induit un comportement fortement ancré. A l’image des machines à sous, offrant des gains aléatoires et des sommes variables, les jeux de rôle figurent parmi les plus addictifs. Avec humour, Marc Valleur explique ainsi le succès d’un récent “ jeu de rôle ” proposé par la télévision… Loft story : “ Les spectateurs sont restés scotchés à cette émission où il ne se passait rien car ils s’identifiaient aux personnages du jeu, avaient l’illusion d’avoir une part active dans le déroulement des opérations à travers le vote par élimination et demeuraient en permanence l’attente d’un événement, telle une histoire d’amour ou  une bagarre, avec des “ gains ” différents telle une romance ou une séparation. ”

Accros, dépendants et addictés : même combat ?

Le terme “ addiction ” n’est pas un néologisme d’origine anglo-saxonne. Il découle du latin ad-dicere – “ dire à ”, au sens d’attribuer quelqu’un à une autre personne. Vieux mot français, il désigne en droit la contrainte par corps de celui qui, ne pouvant s’acquitter de sa dette, est alors mis à la disposition du plaignant par le juge. Comme “ addiction ”, le nom commun “ dépendance ” appartient au vocabulaire juridique médiéval et désigne la relation entre un fief vassal et un fief dominant. En psychiatrie, il remplace dans les années 60 le terme “ toxicomanie ” (né en 1910), apparaissant trivial voire stigmatisant car il s’emploie pour nommer l’effet commun à l’ensemble des consommations de stupéfiants.

Selon Marc Valleur, “ même s’il n’existe pas de consensus dans l’addiction au niveau des experts, on peut dire que le terme accro s’emploie, au sens Organisation Mondiale de la Santé, pour une personne qui éprouve un malaise existentiel si elle n’a plus le produit auquel elle est accrochée. Une personne est dépendante, au sens DSM c’est-à-dire psychiatrique du terme, si l’activité à laquelle elle est dépendante implique un envahissement dans sa vie privée. Quant à Valérie Simon, elle s’appuie dans son étude sur une définition de l’addiction faisant “ référence à la dimension de compulsion et à celle de dépendance, sans faire de distinction entre la dépendance physique et la dépendance psychique ” et qui “ comporte une idée d’enfermement du sujet, malgré un certain plaisir tiré de l’activité ”.

Un thème jamais travaillé en France

Valérie Simon a écrit un mémoire intitulé “ La pratique addictive des jeux vidéo ”, soutenu en septembre 1999 devant l’Université Toulouse-Le Mirail lors d’un D.E.A de Psychopathologie. Sur ce thème jamais travaillé en France jusque là (1), elle a mené une étude auprès de 25 joueurs et 2 joueuses (moyenne d’âge : 27 ans), dont 12 hard-gamers.

Existe-t-il des facteurs de risque menant à une conduite addictive aux jeux vidéo ?

En étant réducteur, on peut considérer qu’il existe des caractéristiques psychiques psychologiques menant à une conduite addictive aux jeux vidéo  telle l’alexithymie, c’est-à-dire l’incapacité d’une personne à verbaliser ses émotions, voire à les identifier. Ou encore la forte recherche de sensations. Mais il faut également prendre en compte les caractéristiques interpersonnelles défaillantes telles la faible estime de soi ou l’inadapation sociale. A la base d’une conduite addictive, il existe une souffrance psychologique. Les jeux vidéo s’inscrivent comme une réponse pour soulager ce mal-être. A l’instar des consommateurs de produits psychotropes, les hard-gamers fuient la réalité et se réfugient dans un autre monde. Un monde par ailleurs considéré sans limite alors qu’il offre moins de liberté en raison du cadre et des règles de jeu imposés par les créateurs du jeu vidéo pratiqué. Quel paradoxe !

Doit-on confondre hard-gamer et personne addictée aux jeux vidéo ?

Je préfère parler de “ conduite addictive ” plutôt que de “ personne addictée ”. A mon sens, l’addiction est davantage du ressort du trouble du comportement que du trouble de la personnalité. Les sept critères sociophénoménologiques (2) du hard-gamer ressemblent aux critères de la dépendance définis par Goodman (3). Toutefois, tous les hard-gamers de mon étude n’avaient pas une conduite addictive.

Quel comportement vous a le plus étonnée ? 

J’ai rencontré un hard-gamer qui jouait dans une chaise longue au milieu de ses deux PC et de sa console branchée sur la télévision et qui avait même installé au-dessus de ses machines des étagères pour ranger ses boissons, ses conserves et son ouvre-boîte. A côté de l’emplacement de jeu surchargé, le reste de son studio paraissait vide.

(1) Aux Etats-Unis, les premiers travaux ont été réalisés dans le courant des années 80.

(2) Dans le mémoire, la conduite manifeste du hard-gamer se remarque, selon le directeur du service testing d’Infogrames France, par :

- jouer à toutes sortes de jeux vidéo et de sur tout support de jeu

- ne joue qu’en vue subjective

- avoir des connaissances sur tout ce qui se rapporte aux jeux vidéo

- parler essentiellement de jeux vidéo en société

- travailler ou volonté de travailler dans le domaine des jeux vidéo ou de l’informatique

- avoir essentiellement des relations avec d’autres joueurs de jeu vidéo

- finir tous les jeux commencés

- jouer même si le texte est dans une langue inconnue

(3) A. Goodman “ Addiction : definition and implications ” (British Journal of Addiction / 1990)

------------------------- 

Quelle est votre tendance à la cyber-addiction ?

Spécialiste américain du stress, le docteur Mort Orman a créé un test en neuf items pour déterminer la tendance d’un usager d’Internet à devenir dépendant :

1. Passez-vous plus de temps connecté sur l’Internet que vous ne l’auriez penser initialement ?

2. Cela vous dérange-t-il de limiter votre temps passé sur Internet ? 

3. Des amis ou des membres de votre famille se sont-ils plaints de votre temps passé sur l’Internet ?

4. Estimez-vous difficile de ne pas vous connecter durant quelques jours ?

5. Votre rendement professionnel ou vos relations personnelles ont-ils souffert à cause du temps passé sur l’Internet ?

6. Certaines zones de l’Internet ou des sites particuliers vous semblent-ils difficile à éviter ?

7. Avez-vous du mal à contrôler l’impulsion d’achat de produits ou de services sur l’Internet ?

8. Avez-vous essayé, sans succès, d’écourter votre usage de l’Internet ?

9. Est-ce que vous déviez beaucoup de vos champs d’action et satisfaction, à cause de l’Internet ?

Entre 0 et 3 réponses positives, vous n’avez probablement qu’une légère tendance à devenir addicté au net.

Entre 4 et 6 réponses positives, il existe une forte chance de développer une conduite addictive au Net.

Entre 7 à 9 réponses positives, il se pourrait bien que vous soyez addicté du Net.

----------------------

Cette enquête a été réalisée il y a 6 ans. Il s'agit là de la version originale et intégrale.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu