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12/07/2007

Informatique au travail : la métamorphose apportée par les nouvelles technologies

Mieux vivre avec son ordinateur : témoignage d'un spécialiste (en 2001), rapporté in extenso.

« La métamorphose du travail transforme chacun d’entre nous en manipulateur de données. On considère l’ordinateur comme un outil auquel le corps humain est juxtaposé, alors qu’il est une prothèse sans laquelle l’être humain ne peut explorer le travail intellectuel, comme un plongeur ne peut descendre sans scaphandre dans les profondeurs de la mer. Sans ordinateur, personne n’est capable d’aller aux frontières de la connaissance ou de ce qui est à savoir. L’ordinateur est un multiplicateur de la puissance d’intelligence des gens. Désormais, l’activité productive de l’être humain se distribue en orbite de la complexité alors qu’auparavant elle était en orbite de la nécessité. D’où un double phénomène d’aspiration : un mouvement centripète pour ceux qui sauront se mouvoir dans la complexité et un mouvement centrifuge – donc de rejet - pour ceux qui en seront incapables. La discrimination par la technologie existe réellement. Autrefois, en agriculture, d’excellents meneurs de chevaux n’ont jamais su conduire les tracteurs qui remplaçaient les attelages. Dans le monde professionnel du secteur tertiaire, il n’existe plus de corrélation entre énergie dispensée et pertinence du travail. Et l’ordinateur amplifie les différences entre les salariés, car on a beau faire preuve de vélocité, celui sachant se servir d’un vélo à 16 vitesses se déplace plus simplement que quelqu’un utilisant un pignon fixe, qui lui n’utilise sa machine qu’au millième de ses possibilités.

Certes, la nouvelle génération se débrouille plus facilement avec un ordinateur, comme il m’a été plus simple qu’à mon père de bidouiller sur le tracteur. Mais cette génération est aujourd’hui laissée en jachère car la « mort professionnelle » ne fait plus son œuvre, comme l’avait vu Michelet en 1849 : « Il suffit à l’enfant de naître pour être initié à tous les secrets de la vie contemporaine. C’est là l’utilité de la mort. Elle simplifie les questions en détruisant l’impuissance de comprendre en intégrant sans cesse des hommes nouveaux par des choses nouvelles. » Autrefois, on pensait que les tracteurs se fortifiaient comme un cheval et qu’il fallait le laisser se reposer toutes les demi-heures, alors que c’était très mauvais pour la machine. On regarde les techniques d’aujourd’hui et de demain avec l’équipement intellectuel d’hier.

Auparavant, on pouvait faire toute une carrière en gommant les dimensions psychique et psychologique du travail. Aujourd’hui, dans le champ du travail intellectuel, l’expression de ses talents aussi bien rationnels qu’irrationnels résulte de son bien-être intérieur. Un confort auquel on ne prête pas encore suffisamment attention. La performance, même exprimée brièvement, est toujours le résultat d’un long entraînement, incluant les moments de pure réflexion comme les moments de repos des fonctions intellectuelles… mais aussi les moments où le cerveau travaille à des moments inopportuns comme une idée venant juste avant de se coucher. Il va aussi falloir préparer les gens à savoir gérer ces situations nouvelles. »

(...)

« Dans un travail à base de puissance physique, les forces de l’équipe s’additionnent naturellement. Parfois, c’est la personne la plus handicapée physiquement qui peut permettre à une équipe de sortir une charrette du bourbier. Mais dans un travail à base de puissance intellectuelle, la puissance du réseau est fonction de son maillon le plus faible. La puissance intellectuelle ne se mesure pas objectivement et chacun est à son tour susceptible de devenir le maillon faible… »

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