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05/07/2007

Football : pourquoi Fabien Barthez est ma seule idole dans le monde du sport

Six jours après la chronique (re)parue hier, j'expliquais pourquoi je préférai Fabien Barthez à Grégory Coupet. C'était le 11 mai, et la date du 9 juillet n'était pas encore entrée dans toutes les mémoires, bien que Raymond Domenech l'ait affiché d'emblée comme le seul et unique objectif de l'Equipe de France. 

 

Les conversations de comptoir mènent à tout. Surtout lorsqu'elles se déroulent à la terrasse, sous le cagnard, entre deux ballons de rouge.

J'ai encore pu vérifier ce midi à quel point certaines conversations de comptoir mènent au meurtre. Il faut dire que j'avais choisi un sujet de conversation éminemment criminogène : expliquer pourquoi Barthez gardera les buts de l'équipe de France durant le prochain Mondial de football... à un supporter inconditionnel de l'Olympique Lyonnais. medium_0507barthez.jpgC'était déjà le type de conversation à éviter avec un conservateur aimant le changement dans la continuité - comprenez : un Français -. Alors avec un fan de l'OL, c'était de la folie sans gilet pare-balles !

J'avais pourtant pris quelques précautions : choix du restaurant laissé à mon hôte, absence totale de ballon de rouge, début de conversation ciblé sur du consensuel (les bourdes réalisées en entreprise). Mais voilà, je regarde le football du point du vue du gardien de but depuis trente ans, et je n'allais pas me laisser marcher sur les pieds par un footballeur non pratiquant - même si le bougre  lyonnais a poussé du cuir durant six ans dans les catégories de jeunes.

Pour arriver directement au point d'orgue de cette conversation à laquelle j'ai finalement survécu, je vous passe les banalités de rigueur actuellement en vogue sur Gregory Coupet, un gardien que j'apprécie énormément et qui est juste à la taille de Barthez pour être sa doublure. Toutes les banalités, sauf une : Coupet a parfaitement assuré en équipe de France l'interim de Barthez durant son absence. Si mes souvenirs sont exacts, son plus bel - et seul - arrêt réalisé lors du match contre l'Irlande, Coupet l'a fait du regard... avec la complicité du poteau. Contre les Suisses, il a suffi que Thuram dévie un tantinet un coup-franc helvète, et paf, le ballon finit dans les buts : Coupet s'était élancé -semble-t-il- trop tôt pour revenir en arrière.

D'ailleurs, revenons en arrière : à Paris, contre les mêmes Suisses et Irlandais, voire contre les Israéliens, qui a sorti un nombre incalculable de ballons ? Le fumeur de cannabis, évidemment.  C'est vrai que cette substance aurait des vertus apaisantes, mais doit-on pour autant parler de dopage ? C'est aussi cela Barthez, un type hors normes, capable d'arrêts hors normes, et de réactions humaines hors normes. On lui reproche d'avoir craché sur un arbitre ? Avant de cracher sur ce geste , avez-vous visionné la façon dont Monsieur l'arbitre a dirigé le match ? C'était un jeu de massacre - crampons sur le talon d'Achille, etc. - dans lequel les Marseillais se faisaient marcher dessus au sens propre, une situation irrationnelle sur un terrain de football, qu'un Homme (certes maladroit) a refusé de laisser se poursuivre.

Certes, Fabien Barthez est intervenu de bien meilleure façon dans d'autres situations irrationnelles. Souvenez-vous, France-Italie, finale de l'Euro 2000. Vers la soixantième minute, Del Piero se présente absolument seul devant Barthez, on est déjà à 1-0 pour l'Italie, et Fabien réussit à déstabiliser le maître à jouer transalpin. A la dernière minute du temps réglementaire, ils ne sont plus que 4 Français à y croire, sur le terrain et devant leurs téléviseurs : Deschamps qui gueule après ses coéquipiers pour leur rappeler que 0+1=1, Barthez qui tape le coup-franc avec son pied d'avant-centre, Trezeguet qui dévie de la tête et Wiltord qui conclue d'une frappe relativement molle... dans l'angle mort du gardien italien, c'est-à-dire un endroit où il ne peut atteindre le ballon en plongeant avec les mains, mais seulement s'il a la lucidité de repousser la frappe du pied comme un gardien de handball. Déjà, pour le match d'ouverture de cet Euro, Barthez avait sauvé les Bleus deux fois, à chaque fois dans un duel, face au Danemark, dans le "groupe de la mort" (avec les Pays-Bas et la République Tchèque).

Avec de tels arguments, le sang de mon pote lyonnais n'a évidemment fait qu'un tour, et je me suis retrouvé à être traité de "footballeur de district", avec son inévitable corolaire : "mais qui es-tu pour parler ainsi du poste de gardien de but !".

Pourtant, si Barthez est bardé de titres internationaux, et que Coupet ne l'est pas, il n'y a pas de hasard. L'Olympique Lyonnais ne manque pas d'atouts, mais ce club valeureux n'est l'une des meilleures équipes du plateau de la Champion's League que jusqu'au quart de finale. On comprend que des vainqueurs de la Champion's League (Zidane) ou du championnat d'Italie (Thuram) préfère jouer avec un champion d'Angleterre, dont on remet en cause la vertu mais qui est resté un an à jouer en Deuxième Division lorsque son club de toujours, l'OM, a été rétrogradé (en 1995).

Ce n'est pas de la régularité que l'on demande à un gardien de but, c'est du génie. On lui demande de sortir les deux ou trois ballons chauds sur l'ensemble de la compétition qui permettront aux Bleus de gagner un nouveau trophée. D'ailleurs, en 1998, il y avait là un vrai casse-tête entre deux gardiens de génie : Barthez et Lama. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, puisque Coupet est d'une régularité si exemplaire que Chevtchenko a fini par la déjouer après 180-2 minutes de jeu...

Barthez est un génie, et la raison tient peut-être au fait qu'il est l'un des rares gardiens de but à avoir véritablement choisi ce poste, car il avait des qualités pour occuper un poste sur le terrain.

Commentaires

"maladroit" pour parler de Barthez crachant sur un arbitre... Franchement c'est un euphémisme.

Quand Milan Baros fait un geste ambigü envers un joueur de couleur, la faune journalistique ne se prive pas pour condamner cette attitude, sans même chercher à comprendre le sens de son geste (perso, je ne sais toujours pas pkoi il a fait ça et la commission qui a tranché, non plus).

Mais expliquer le crachat d'un sportif populaire, au sommet de sa carrière, sur le représentant de ce qu'il reste de civilisé au football, les règles du jeu, c'est véritablement pathétique. Pourquoi tenter une explication ? C'était un match amical. Barthez est un joueur professionnel. S'il estime sa santé en danger, le Code du travail prévoit un Droit de retrait.

Finalement, pourquoi ne pas cracher sur le policier qui fait la circulation à une intersection, parce que par sa faute, un accident (taule froissée seulement : je le souligne car ma métaphore capillo-tractée tient compte du fait que tous les marseillais sont sortis vivants de ce match) a eu malheureusement lieu...

Je trouve ça d'un niveau plus qu'abyssal.

Écrit par : ben | 05/07/2007

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