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21/06/2007

Sarkozy sur TF1 : interview à la Starsky et Hutch ; Face au traité simplifié du Président sur le quotidien des Français, vivement Jean-Michel Apathie à la Garden Party du 14 juillet !

Hier soir, sur TF1, la chaîne dont le directeur général adjoint était il y a un mois le directeur de campagne adjoint du candidat UMP, Patrick Poivre d’Arvor et Claire Chazal ont interviewé le nouveau Président de la République à l’Elysée.

Changement de style et de ton pour cette première interview télévisée du Président depuis son élection, un exercice que l’on savait pompeux à l’avance avec Jacques Chirac (voire recommandé comme antidépresseur non chimique). La discussion a lieu autour d’une table basse pour affirmer d’emblée l’absence de barrière entre les interlocuteurs. Elle se passe volontiers de phrases alambiquées et de formules préparées à l’avance (voire « abracadantesques »). Et comme l’heure est au Traité Simplifié, Nicolas Sarkozy l’emploie volontiers pour parler de la future vie quotidienne des Français, après les mesures gouvernementales. Le Président a même enfoncé le clou en précisant, texto : « Je ne suis pas intellectuel ». L’interview a été finalement tranquille, car Patrick Poivre d’Arvor jouait le méchant, comme pour les interrogatoires de la série Starsky et Hutch) en lançant, de temps à autre, ses questions de façon irrévérencieuse, ces angles d’attaque sévère étant au besoin contrebalancés par Claire Chazal (la gentille des interrogatoires).

En fait, c’est la façon de mener l’interview qui était prévisible.

Rien ne sert de provoquer directement Nicolas Sarkozy. Cet habitué des joutes verbales, qui démarre de toute façon tout seul au quart de tour, possède un stock de phrases pour remballer, comme l’a prouvé sa réplique déjà célèbre à une journaliste de France 3 : « J’ai déjà vu des reportages malhonnêtes… mais de cette nature, c’est assez rare. Je vous félicite, madame ».

Quand PPDA a cru allumer Monsieur Sarkozy en le décrivant comme un « petit garçon » face aux autres grands du G8 et glosant sur sa conférence de presse en état d’ébriété, le Président de la République a facilement éteint le début d’incendie verbal au Kärcher. Pourquoi ?

Parce que PPDA (le méchant dans cet interrogatoire de… l’ancien Ministre de l’Intérieur) a placé le sarcasme au mauvais endroit : dans la question. Du coup, le Président de la République l’a immédiatement rembarré, le privant de tout droit de réponse ultérieur. Dommage, sur certaines initiatives (nouvelles dépenses - hôpitaux, universités, bouclier fiscal, impôts sur les successions, intérêts des emprunts immobiliers, etc.), j'aurai personnellement aimé savoir comment celles-ci seront financées ; et si cela sera autrement que par la TVA sociale. Si le Président ne vit pas à crédit, comme s'interroge judicieusement François Hollande...

Ecoutez une interview de Jean-Michel Apathie. (Pouf, pouf, prenons deux papillons, comme dirait cet imprudent porteur d’un cancer aux poumons).

Ce journaliste, que j’apprécie de suivre sur Canal+, pose toujours des questions sans ambiguïté, jamais fermées (c’est-à-dire dont la réponse n’est pas simplement : oui ou non), et se pose d’emblée sur le terrain de la compétence politique. Jamais de sarcasme initial, ni propos irrévérencieux : l’interviewé ne peut réduire immédiatement le journaliste au silence en condamnant toute répartie, il doit s’avancer à découvert.

Là, Jean-Michel Apathie joue un rôle de modérateur, avec la force de celui qui « écoute » son interlocuteur et ne le juge pas : il reformule les propos « obscurs / mensongers / bottant en touche » de l’interviewé en utilisant les propres mots de son invité, y amène la contradiction et demande à l’invité d’éclaircir sa pensée. Résultat : l’interviewé est coincé. Soit il nie ses propres mots, et passe pour un naze. Soit il doit ravaler sa langue de bois. Il ne peut en aucun cas cracher une volée de bois vert.

Cette manière de mener une interview s’appuie sur une technique de conversation appelée « écoute active ». Cette technique était déjà utilisée (depuis dix ans au moins) dans une association caritative venant en aide aux personnes touchées par le Sida. Elle se sert de la reformulation, pour permettre à toute personne d’exprimer ce qu’il « ressent / vit / a du mal à dire » autour de la maladie. Son but est de ne jamais fermer la porte à aucun moment de la conversation, impliquant souvent de patienter durant plusieurs questions sans réelle réponse pour décrocher l’information voulue un peu plus tard. Car les personnes touchées par le Sida, si elles se déplacent dans une association pour obtenir de l’aide, peuvent tout aussi bien repartir chez elles sans avoir rien demander : elles ont d’abord besoin de se sentir en confiance. D’ailleurs, dans le cadre de l’écoute active, le bénévole peut tomber sur quelqu’un qui vient « pour un copain » et qui avouera, bien amené, à dire que c’est pour lui-même qu’il sollicite l’association. En association caritative, l’« écoute active » ne cherche en aucun cas à « piéger » l’interlocuteur. Dans une interview journalistique, elle vise à mettre l’interviewé au pied du mur. Libre à l’interviewé, ensuite, d’exécuter une pirouette ou de répondre franchement, car si le silence se fait après une reformulation de ses propos, il joue en sa défaveur dans un entretien en direct.

Jean-Michel Apathie possède cette rare capacité à faire percevoir ses interviewés tel qu’ils sont et non pas tel qu’ils veulent paraître. Il sait amener des personnalités aussi à l’aise avec les médias que Nicolas Sarkozy à se livrer sur des terrains qu’ils n’ont pas choisi. Cette acuité n’est possible que si elle s’accompagne d’une réelle humilité, afin de se remettre en question… à chaque question, et « tenir » l’entretien jusqu’au bout.

J’aimerai que pour la traditionnelle Garden Party du 14 Juillet, qu’on nous promet cette année différente, Jean-Michel Apathie figure parmi les journalistes retenus pour interviewer le Président de la République.

Nicolas Sarkozy est un formidable animal politique. Il est en train d’installer dans l’opinion publique une chose inimaginable : le droit de se tromper en politique. Avec un corollaire complètement fou : c’est aux seuls hommes pleins d’énergie et capables de reconnaître qu’ils se sont trompés que l’électeur peut faire confiance.

Personnellement, je crois en la sincérité du bonhomme quand il affirme, à la fin de l’interview, vouloir satisfaire au final chacun des Français pour chacune des décisions qu’il prendra. Mais je doute profondément des moyens que le Président de la République désire employer, en privilégiant les patrons et les 93 000 foyers fiscaux les plus riches, et en croyant que ceux-ci faire profiter les plus pauvres de leurs nouvelles richesses. Foi de petits-fils de mineur et de fils de « maçon / ouvrier » !

Si Nicolas Sarkozy réussit dans sa mission « Historique » de « réformer en profondeur » notre pays, tant mieux, si cela s’effectue sans laisser sur le bord de la route les femmes et les hommes de bonne volonté (c’est-à-dire tous les gens qui, d’une manière ou d’une autre, ne vivent leur journée en ne pensant pas qu’à leur gueule : par exemple, en mettant leur énergie au service de leurs enfants, des personnes âgées, etc.) !

En revanche, ce qui serait catastrophique, c’est que le nouveau Président de la République « se plante », soit dans le redressement du pays, soit en « oubliant » les femmes et d’hommes de bonne volonté. Et qu’on le reconduise dans ses fonctions, simplement parce qu’il a fait preuve d’honnêteté et de courage durant son mandat.

Pour gommer cet incroyable ascendant psychologique que Nicolas Sarkozy a pris sur ses adversaires politiques, il faut d’ores et déjà, et IMPERATIVEMENT, reconnaître au Président de la République ses bonnes décisions et ses réussites. Parce que la dénégation de ses actes le renforcera toujours davantage, comme elle l’a amené au pouvoir sans forcer durant la campagne présidentielle.

Et vous, quel effet vous a fait le Président de la République, hier soir ?

Commentaires

Une fois de plus, Nicolas Sarkozy a été d'une efficacité redoutable, d'une très grande clarté et d'une forte combativité alors que précisément certains auraient pu l'attendre affaibli par une vague moins forte que prévue aux législatives.

Écrit par : Serge Baccou | 21/06/2007

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