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04/06/2007

Ségolène Royal et François Hollande poursuivent en justice « La femme fatale »… ou comment fonctionne le journalisme aujourd’hui

En fin de semaine dernière, le couple Royal-Hollande a réclamé, dans une assignation, la somme totale de 150.000 euros aux deux auteures de « La Femme fatale », Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, journalistes au «Monde», et à l’éditeur Albin Michel.

Depuis les langues se délient, et le venin se répand.

A mon regret, mon pote Plume de Presse s’est joint à la vindicte populaire. Il a d’abord rappelé les faits croustillants évoqués dans « La Femme Fatale », telle cette menace qu'aurait proférée Ségolène Royal à François Hollande : "Si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants".

J’ai beaucoup d’estime pour son travail de bloggeur (récompensé par une audience de 80 000 visiteurs uniques par mois), et bien davantage – c’est dire combien je l’estime ! – pour la personne qu’il est dans la vie. Toutefois, et c’est bien là le rôle d’un pote, je me dois de lui affirmer qu’il tombe là dans un piège d’une banalité finalement peu connue du grand public.

Tout internaute doit savoir qu’il existe une incontournable règle du journalisme : dès qu’une information paraît dans la « Grande presse » (Nouvel Observateur, Journal du Dimanche, etc.) ou dans un livre écrit par des journalistes reconnus (Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué travaillent pour Le Monde), elle peut ENFIN être reprise – et mitonnée à toutes les sauces – par la « Petite presse » et aujourd’hui les bloggeurs. ENFIN, car bien des journalistes - et parfois des plumes, comme Olivier – s’en donnent alors à cœur joie, comme s’il s’agissait du premier vent de liberté après dix ans de censure. Je serai tenté d’ajouter : d’autant plus qu’avec Internet, il suffit de corroborer les rumeurs circulant de « clic à oreille » avec les faits et gestes des personnalités pour avoir une intime conviction sur la véracité de telle ou telle rumeur. Donc, quand ces rumeurs s’avèrent « vérifiées » par la « Grande Presse », les fauves sont d’autant plus lâchés qu’ils ont ruminé leur papier depuis des mois…

Le corollaire de cette règle incontournable du journalisme est encore plus terrible à lire : si l'information paraît dans la "grande presse", c'est qu'elle est FORCEMENT vérifiée ou argumentée, qu'elle a un fondement sérieux. Ainsi, comme l’écrit si bien mon cher Plume de Presse, Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, journalistes au «Monde», ne se seraient pas « avancées à découvert [dans leur livre] sans avoir sérieusement enquêté ».

Cette règle, et son terrible corollaire, un homme en France les a particulièrement bien compris : Nicolas Sarkozy. C'est la raison pour laquelle il veille scrupuleusement à « tuer dans l'œuf » la moindre information compromettante pour sa carrière politique qui paraîtrait dans la fameuse Grande Presse. Notamment, concernant sa vie privée. Nul besoin d'être fin psychologue pour comprendre les relations qu'il entretient actuellement avec sa femme Cécilia : cette dernière, exilée au Fort de Brégançon, fait la gueule sur TOUTES les photos du reportage "people" paru après l'élection de Mr Sarkozy dans Paris-Match, un magazine de son ami Lagardère.

Vous me répondrez : le Président de la République fait ce qu’il veut de ses fesses, du moment qu’il ne les assoit pas sur le radiateur que je viens de repeindre, et vous avez bien raison.

Je ne veux même pas m’appuyer sur cette l’effroyable logique – qu’on pourrait appeler la « Jurisprudence Voici » : Monsieur Sarkozy s’est servi de son couple pour accéder au pouvoir, cela donne le « droit » de le poursuivre jusque dans son lit durant toute sa vie. Quelle horreur ! En revanche, la vie privée des hommes politiques n’a d’intérêt que si elle révèle quelque chose d’inquiétant sur leur personnalité. Et au risque de vous choquer, pour vous permettre de mesurer mon niveau de tolérance (ou non) à ce sujet, qu’un homme politique soit adepte des partouzes – ce que l’on a, par exemple, insinué pour le couple Georges et Claude Pompidou -, cela ne trouble pas particulièrement, si ses actes politiques sont à la hauteur des attentes de la population. En revanche, si l’affaire du compte bancaire privé de Jacques Chirac au Japon devait s’avérer vrai – ce que rien ne prouve aujourd’hui -, cette façon de « mettre à gauche » l’argent des contribuables est, à mon sens, condamnable. Même après douze ans d’immunité parlementaire.

Donc, ce n’est pas qu’on ne parle pas des affaires de cœur de Nicolas Sarkozy qui me chagrine, c’est qu’on s’acharne sur le couple Royal-Hollande, puisque que certains estiment en avoir le droit depuis que les informations concernant ces deux têtes d’affiche du Parti Socialiste sont parues dans la « Grande Presse ».

C’est d’autant plus regrettable qu’il y a de vraies informations intéressantes dans « La Femme Fatale », dont je viens de terminer la lecture. Par exemple, BHL – Bernard-Henry Lévy - est devenu l’un des confidents de Ségolène Royal dans les derniers mois avant la Présidentielle. Les raisons du conflit entre Ségolène et DSK sont suffisamment détaillées pour qu’il soit inutile de songer à une réconciliation entre eux d’ici la fin du siècle en cours. L’usage du marketing par Ségolène Royal est également astucieusement décrypté…

Je pense toutefois que ces dérives du journalisme sont promises à l’extinction grâce à la Blogosphère. Mais nous en reparlerons une autre fois…

Commentaires

Toutes les précautions oratoires pour ne pas me fâcher m'ont bien amusé ;-)
Le problème n'est pas tant la publication de l'info par la "grande presse", mais plutôt qu'elle quitte alors la qualité de rumeur pour être crédibilisée par une enquête journalistique. Qu'on peut au choix supposer sérieuse ou pas, l'identité et le pedigree des auteurs aidant à forger cette conviction.
L'idéal reste, évidemment, de disposer soi-même de trois sources différentes et concordantes - règle de la vérification journalistique, je précise ça pour tes lecteurs -, pour publier l'information sans attendre qu'elle soit reprise ailleurs. Ca s'appelle alors un scoop. Mais à défaut de ces fameuses trois sources, on s'interdit de publier : c'est là qu'on pourrait donner corps à des rumeurs infondées et à des calomnies.
Je suis bien d'accord avec toi sur la censure qu'exerce Sarkozy par rapport (notamment) à sa vie privée, que je dénonce régulièrement. Mais peut-on s'en insurger d'un côté tout en exigeant en même temps l'omerta sur les problèmes conjugaux Royal/Hollande, pas en tant que tels mais comme révélateurs des rapports entre le 1er secrétaire et la candidate ?

Écrit par : Olivier B. | 04/06/2007

Ce genre d'approche de la politique est navrant et quelque peu detestable Il faut respecter les vies privees des gens....

Écrit par : Mahbouli | 05/06/2007

Où finit la vie privée, où commence la vie publique ?

Écrit par : Olivier B. | 05/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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