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29/04/2007

Subissez-vous les nouvelles technologies ? (4ème et dernière partie)

Vie privée

Inutile de chercher à effacer les traces laissées sur informatique. Même si l’on formate son disque dur, les données restent lisibles par résonance magnétique. Pis, un logiciel comme Word est extrêmement bavard, il contient les corrections apportées au cours de la création du document, facilement identifiables par une personne avisée. Ce qui est plutôt gênant, par exemple, quand on fait une proposition commerciale…

Avant l’ère numérique, pour recueillir des informations sur une personne, il fallait décider de la surveiller. Aujourd’hui, rétrospectivement, on peut suivre quelqu’un à la trace. Pis, on peut utiliser à son insu des données confidentielles, par exemple sur sa santé. En France, nous disposons depuis 1978 d’une loi avant-gardiste, la loi Informatique et Libertés. Mais forte de 80 personnes, la CNIL ne dispose toutefois pas des effectifs nécessaires pour faire respecter les prérogatives de la loi du 6 août 2004 et s’en plaint à juste titre. Il faut donc déjà veiller soi-même à l’usage de ses données personnelles nominatives.

Les nouvelles technologies ont décuplé les réjouissances de l’esprit comme les nuisances du cerveau. Faute d’une certaine culture sur l’usage de l’outil, nombre de personnes rament encore à contre-courant dans le flux immatériel des données. Il vous reste à apprendre à trier, filtrer et classer l’information. Mais également à en tirer la substantifique moelle. « Si vous ne faites pas l'effort de questionner ce que l’on vous fournit comme informations et ce que vous pensez vous-même, il ne faut pas se plaindre que la réflexion, notamment politique, soit recouverte par les émotions, la pure réactivité…», insiste Christophe Guias, directeur de collection chez Payot.

Geste à tester : Après usage, une machine éteinte, voire déconnectée du réseau, c’est déjà un pas de géant en avant pour la sécurité. « Les pirates informatiques recherchent ainsi les ordinateurs personnels vulnérables et sans surveillance, connectés par câble ou ADSL. », rappelle Alexis Bourbion, consultant en sécurité. Cela pourrait vous éviter d’être réveillé en sursaut à 6 heures du matin par la police parce que votre ordinateur a participé « à l’insu de votre plein gré » à l’attaque d’un système informatique distant…

 

Vie de consommateur

Internet est un lieu de troc, même dans certains espaces commerciaux en apparence gratuits, friands de données personnelles. « Nous sommes au début d’un marketing qui va aller vers l’individualisme absolu. Il faut  redoubler de vigilance, d’esprit critique et de libre-arbitre face à un outil ludique extrêmement puissant. », annonce Luc Masson, enseignant en droit et marketing. Pourtant, les règles de la vie en réseau sont vieilles comme l’Internet grand public : « La Nétiquette, c’est-à-dire le document de base et de référence sur les usages et comportements à adopter sur Internet a été écrit il y a bientôt dix ans. Ce document détermine, par exemple, pourquoi c’est incorrect de répondre en majuscule dans un mail, car cela donne le sentiment qu’on hurle sur son destinataire. Il expliquait déjà aux enfants qu’il ne fallait pas donner son adresse email. », rappelle David Degrelle, PDG de 1ère position (créateur de trafic ciblé).

D’autre part, le consommateur se transforme en consomm’acteur : « Dans les années futures, toutes les innovations devront se chercher une légitimité. Dans les années 60-70, il existait un a priori favorable à l’égard de n’importe quelle innovation. Aujourd’hui, il existe un réflexe d’interrogation et de doute : est-ce que les avantages l’emportent sur les inconvénients ? Si les entreprises laissent faire, dans dix ans, le progrès sera considéré avec un a priori négatif. », prévient le sociologue Bernard Cathelat.

Geste à tester : Cessez de remplir des formulaires en révélant votre nom, lieu de naissance, adresse… juste pour obtenir d’hypothétiques coupons de réduction de quelques euros. Sérieusement, dans la rue, vous présenteriez vos papiers d’identité à un inconnu qui vous empêche d’entrer dans un immeuble ?

 

Vie publique

Chaque individu a désormais une vie plus publique et en laisse de nombreuses traces dans une société très bureaucratisée. Cela pose le problème de l’amnistie, pour les groupes comme pour les gens envers eux-mêmes. En France, « ce qui prime depuis les années 60, c’est la protection de la vie privée, c’est-à-dire des données qui mettent en jeu l’existence d’un homme, que ce soit dans son travail, sur sa santé, sur ses démêlés avec la justice. Mais cela change aussi. Le projet de loi de réforme sur les archives en France vont vers une réduction de ces délais à 25 ou 30 ans après la date de constitution du dossier. Certains documents seraient accessibles du vivant de la personne même. Ce qui veut dire qu’un fils pourra avoir accès au dossier militaire de son père. C’est troublant. Imaginez que vous puissiez avoir accès au journal de marche du régiment de votre père en Algérie… », explique Sophie Coeuré, historienne à l’Ecole Normale Supérieur.

Geste à tester : Oser réfléchir aux vraies questions dérangeantes, telles que : est-ce répréhensible de visiter des sites pédophiles sans passage à l’acte sur des enfants ?

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Cette enquête est parue durant l'été 2005, dans une version raccourcie, dans un magazine sur les nouvelles technologies (aujourd'hui disparu).

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