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28/03/2007

Suivi à la trace... par la mode

C'est devenu bon chic bon genre chez les voyous. Désormais, on filme son agression et on la diffuse sur Internet. Après les tabassées, c'est aujourd'hui au tour des viols d'être enregistrés avec la complicité des nouveaux téléphones portables numériques équipés d'appareils-photos ou de caméras. Apparemment, n'importe qui peut faire la propagande de ses propres actes répréhensibles en toute impunité.

Du coup, la température du corps est en baisse dans les quartiers chics comme dans les quartiers populaires, car la valeur du pixel y est la même. On tremble partout, car on croit avoir compris que "passer sur Internet" (comme on passait autrefois à la télé) semble plus important que tout. Et une fois de plus, on accuse les nouvelles technologies d'engendrer de la violence.

C'est évidemment une aberration qu'il convient de rectifier sans fanfaronner.

Avec ou sans l'invention des nouveaux téléphones portables, les voyous auraient de toute façon commis leur acte répréhensible. Au pire, le fait de devoir filmer les gêne dans l'exécution de leur méfait et peut profiter à la victime. Au mieux, ils facilitent leur arrestation.

En effet, tout acte numérique laisse une trace indélébile, qui ne peut QUE profiter aux personnes honnêtes. Ce n'est pas un fantasme de croire que les autorités - police, service secret, etc. - nous observent en permanence. En revanche, le fantasme consiste à croire que ces autorités possèdent suffisamment d'effectifs pour arrêter chaque acte légalement contestable, qu'il soit en voie de constitution ou déjà exécuté. Un exemple simple : les terroristes qui ont exécuté les attentats terroristes de Londres, l'été dernier. Ces hommes étaient les plus recherchés du Royaume-Uni, et même d'Europe. La police savait où ils étaient intervenus, et les avait filmés. Pourtant, même en mettant un effectif important pour décrypter les bandes vidéo, la police a eu besoin d'une bonne semaine avant de pouvoir mettre un visage sur ces terroristes.

Mais revenons aux exhibitionnistes du crime.

Lorsque ceux-ci filment leurs méfaits, ils produisent une preuve. Comme chaque arme laisse une trace unique lorsqu'elle frappe, chaque téléphone portable abandonne son identification sur chaque film qu'il permet de réaliser. On peut même imaginer que pour aider à confondre les coupables, les fabricants de téléphone portable se mettent à "graver" les films d'un numéro d'identifiant, comme les vitres des voitures sont gravées pour prévenir du vol. Ils le feraient sur un seul pixel de toute image réalisée, en y incluant les identifiants du téléphone portable. De la science-fiction, croyez-vous ? C'est ainsi que communiquent les membres de réseaux terroristes. Ils se connectent sur les sites pornographiques (à fort trafic), échangent des images le plus naturellement du monde, et l'une de ces images possède un pixel déterminé à l'avance sur lequel est écrit le message à transmettre. Et sans paranoïa excessive, on peut légitemment penser que ce "gravage" de toute image produite par un téléphone portable existe sans doute déjà.

Une fois que l'on possède le téléphone portable de quelqu'un, même s'il a été acheté sous un faux nom, on peut le suivre à la trace, grâce à la fée GPS. Peu de malfaiteurs ont conscience de cette trace indélébile laissée par tout objet numérique. En remontant à la Nuit des Temps de l'informatique grand public, les individus qui ont assassinés le préfet Erignac ont été trahis par leur téléphone portable et les conversations échangées au moment du crime. Plus près de nous, il faut relater l'arrestation du "roi de l'évasion", un expert des casses sans faire couler de sang. Sa dernière évasion a été spectaculaire, puisqu'un commando a pris d'assaut la prison de Fresnes il y a 3 ans en plein milieu de la nuit pour lui permettre de se faire la belle, en s'appuyant sur un scénario plus astucieux que ne le laissait supposer la violence de l'assaut final.

Une fois sorti de l'ombre, cet homme a été banalement pisté grâce aux téléphones portables. Un piège lui a été tendu par la police à une terrasse où il avait fixé rendez-vous par téléphone avec deux complices. En arrivant sur place, le Roi de la Belle sent d'instinct la présence des policiers en planque, juste en croisant le regard d'un agent en planque. Il réussit à s'enfuir. Et là, qu'est-ce qu'il fait ? Ben... il donne à nouveau rendez-vous quelques heures plus tard aux mêmes complices... avec son téléphone portable. La deuxième fois, les policiers ont mieux prévu leur coup et ne l'ont pas laissé filer.

Les agressions filmées sont à la mode. Mais nul doute qu'une fois de plus, les nouvelles technologies donneront les moyens à leurs détracteurs de triompher des dégâts qu'elles sont censées avoir provoquées. Ce qui n'est pas donné à toutes les inventions.

Chronique de mon ancien blog, parue le 16 mai 2006

 

Commentaires

Signalons que la loi réprimant le "happy slaping" peut être interprétée comme l'interdiction au citoyen lambda de diffuser les images, par exemple, d'une bavure policière...
Wikipédia France écrit ainsi : « Ces clauses ont malheureusement une portée bien plus large que la simple répression du "happy slapping". Le simple citoyen qui filmerait des évènements violents (manifestations qui dégénère, par exemple) et voudrait informer ses concitoyens par une diffusion en ligne, pourrait être poursuivi. Il en est de même, par exemple, pour celui qui voudrait enrichir l’article Wikipédia sur ces évènements par des images ou une vidéo. Il nous semble cependant important que tout citoyen, qu’il soit au non professionnel de l’information, puisse participer au débat démocratique et à l’information de ses concitoyens, y compris en leur diffusant des documents audiovisuels sur des évènements violents. C’est un problème tant de liberté d’expression que d’égalité des citoyens devant la loi. »

Écrit par : Olivier B. | 28/03/2007

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