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06/04/2007

Une réflexion sur les OGM

Combattre le mal par la racine

Une entreprise danoise a créé un cresson génétiquement modifié détectant la présence de mines enfouies dans le sol. Cette solution inédite laisse sceptique la communauté des démineurs, tout en annonçant une autre conception du développement durable.


Au XXème siècle, la guerre a pris racine. Après son passage, elle a abandonné des champs de bataille tristement interactifs, couverts de mines antipersonnel. Pour quelques pas de trop, au mieux vous perdez une jambe, au pire vous n’êtes plus de ce monde. Cette déflagration locale, qui affecte 85% de civils, s’est faîte entendre à l’échelon international. Aujourd’hui, la lutte contre les mines antipersonnel constitue un exemple unique de collaboration entre organisations non-gouvernementales.

Depuis l’entrée en vigueur en 1999 du traité d’Ottawa qui interdit les mines antipersonnel, le nombre de pays producteurs de cette arme a chuté de 50 à 15, le nombre de victimes par an est passé de 26 000 à 15 000, et plus de 1100 km2 (deux fois la superficie de la forêt des Landes) ont été déminés. Ce fléau à fleur de sol est pourtant loin d’être éradiqué. Il demeure 42 états non signataires du traité d’Ottawa et non des moindres (Chine, Russie, Etats-Unis, Pakistan, Inde), 83 pays et 9 territoires restent menacés par cette peste mutilante, et last, but not fin de liste, 200 millions de mines antipersonnel sont encore stockées dans le monde.

Une OGM au service des ONG ?

Face à l’ampleur de la catastrophe dormant sous nos pieds, on envisage des solutions surprenantes. L’an dernier, la société Aresa Biodetection, une entreprise de biotechnologie de Copenhague, a mis au point une plante qui change de couleur au contact des mines antipersonnel. En trois à six semaines, ce cresson de Thale, Arabidopsis thaliana génétiquement modifié, passe du vert au rouge si ses racines absorbent le dioxyde d’azote présent dans les explosifs. Il serait semé par avion dans les régions à déminer. « La recherche sur cette plante est toujours en cours de développement, donc personne ne l’utilise encore. », constate Sebastian Arnstedt, Managing Director d’Aresa.

Ce végétal de laboratoire laisse en effet sceptique la communauté des démineurs. Manuel Gonzal,référent technique en la matière pour Handicap International s’en explique : « Un champ de bataille, juste après les combats, contient énormément de particules d’explosifs. Cette plante indiquera donc aussi bien les simples cartouches que les mines antipersonnel. Sans compter qu’avec le vent comme agent de dispersion, la moitié du pays à déminer pourrait se retrouver couverte de rouge ! Autre problème : le danger d’introduire une plante dans un pays dont elle n’est pas originaire. Enfin, dans les pays ayant besoin de déminage, les graines de cette plante peuvent être mangées par toute sorte d’insecte avant même d’avoir eu le temps de pousser. (…) Il ne faut pas perdre son énergie et son argent dans des solutions qui ne reflètent pas la réalité du terrain. » Des solutions intéressantes, l’une utilisant une caméra thermique, l’autre alliant un détecteur de particules à un détecteur de métaux, sont en cours d’élaboration. Les barrages à ces nouvelles technologies demeurent la taille des engins et leur prix. En outre, « Une voie de travail pour les chercheurs serait d’aider les démineurs à travailler plus vite, car ils peuvent consacrer jusqu’à 70% de leur temps de travail à couper la végétation dans leur cheminement vers les engins explosifs », ajoute Manuel Gonzal.

L’exemple du DDT

Si l’appellation OGM du cresson créé par Aresa peut effrayer, Emmanuel Delannoy, consultant en développement durable, souligne que la valeur écologique d’une solution se mesure à son efficacité sur le terrain. D’autant que les défis environnementaux et humanitaires des 20 ou 30 prochaines années s’annoncent corsés : « Il serait irresponsable de négliger les pistes que peuvent ouvrir le génie génétique : par exemple le développement de vaccins recombinants pour lutter contre des pandémies comme le Sida, ou de plantes résistantes à la sécheresse ou à la salinité, pour éviter une baisse des rendements agricoles provoquée par la modification globale du climat. Certains OGM peuvent aussi aider à dépolluer des friches industrielles, avec des usages ciblés, sur des métaux lourds comme le mercure et le plomb. C’est d’ailleurs l’une des applications développées avec le cresson de Thale par Aresa. Les OGM « de première génération », qui ont semé le vent de la révolte, ont il est vrai surtout servi à renforcer les profits des grandes compagnies. Or, il faudrait éviter d’englober dans le même rejet les applications commerciales au service d’intérêts privés et la recherche au service de l’intérêt général. Freiner la recherche serait une erreur grave pour le développement durable, et même pour la bonne application du principe de précaution. » Emmanuel Delannoy prend ainsi l’exemple du DDT, reconnu à juste titre dangereux pour l’environnement et neurotoxique, et autrefois utilisé dans la lutte contre le paludisme. Quand l’Afrique du Sud a renoncé à son usage, sous la pression des mouvements écologistes, ce pays a enregistré 8 fois plus de victimes du paludisme, après seulement quatre ans. Les moustiques avaient développé une résistance aux nouveaux insecticides. Connaissant les méfaits immédiats et à long terme du DDT, que répondriez vous à cette mère africaine qui préfère avoir une petite quantité de DDT dans son lait que de voir mourir ses enfants ?

 

Article paru durant l'été 2005 dans un magazine sur les nouvelles technologies

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