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21/03/2007

Il ne faut pas désespérer des sondages

J’ai une chance inouïe : dans mon proche entourage, personne ne compte voter pour Sarkozy. Je connais pourtant des gens extrêmement différents. C’est tout de même bizarre pour un type qui, selon les sondages, toucherait près d’1 Français sur 3…

Dès lors, une question se pose : est-ce qu’une institution comme les sondages, qui n’a jamais vu Le Pen au second tour en 2002 durant toute la précédente campagne présidentielle, peut se permettre de négliger l’hypothèse selon laquelle Sarkozy ne passerait pas le premier tour en 2007 ? Et donc "gonfler" plus ou moins généreusement les scores du candidat de l'UMP, le parti au pouvoir ?

Il semblerait que les fameux correctifs apportés aux sondages réellement observés au téléphone refusent de prendre en considération ce qui est la seule constante de l'opinion publique : Monsieur Sarkozy est reconnu comme un homme autoritaire par les uns, dangereux par les autres. D'où la naissance d'un vrai mouvement de fond : le Tout Sauf Sarkozy.

Lors du référendum sur la Constitution Européenne, j’avais pronostiqué, avant même le revirement des sondages, un écart de dix points en faveur du « Non » à mon (excellent) rédacteur en chef du Nouvel Observateur, qui m’avait alors légitimement pris pour un fou culotté (ou un sans-culottes, je ne sais plus). Pourtant, dans mon entourage, qui n’est certes pas la référence ni des sondeurs ni de la République, je sentais bien monter une colère sourde, désireuse de « tout foutre en l’air » pour « leur » montrer « qu’on n’est pas des pantins ». Les dix points d’écart étaient plus que présents dans les esprits, ils étaient inscrits dans leurs gestes vindicatifs, ils ne pouvaient donc s’échapper avant les urnes.

 Aujourd’hui, le Tout Sauf Sarkozy amène une partie de la population à jouer la carte Bayrou, lequel a brusquement pris dix points d’intentions de vote supplémentaires en quelques semaines, à partir du moment où un premier sondage le donnait largement gagnant contre l’actuel Ministre de l’Intérieur au second tour.

Ces présidentielles ressemblent d'ailleurs à un problème de mathématiques pour les électeurs. Il est intéressant de constater que, selon la formule choisie, Bayrou, Sarkozy et Royal - à tour de rôle - l'emportait !

Bayrou battrait à plate couture Monsieur Sarkozy tout comme Ségolène Royal au second tour, mais ne figure pas aujourd'hui parmi les deux finalistes. Selon le dernier sondage du matin, 29% des Français aimeraient que Sarkozy accède au pouvoir, 33% que ce soit Bayrou et 36% que ce soit Ségolène Royal (cas d'une élection à un seul tour). Or, selon la règle Républicaine aujourd'hui instituée, et mise en place par le Ministre de l'Intérieur, c'est Monsieur Sarkozy qui serait élu Président de la République, puisqu'il serait opposé au second tour à Ségolène Royal et, actuellement, la battrait de quelques points.

Sur le pur plan du projet, c'est-à-dire sans procéder par élimination, Ségolène Royal conserve donc les faveurs des électeurs français. 

Au fur et à mesure que le 22 avril approche, j’assiste pourtant au désespoir des « gens de gauche », abasourdis de la lâcheté des éléphants du Parti Socialiste, désolés de constater que tant de femmes s’en prennent à Ségolène Royal parce qu’elle tente de s’élever au-dessus de la mêlée des hommes, et abattus de voir tant de leurs voisins de vie se tourner vers un homme certes sympathique (Bayrou), mais sans programme et qui se situe clairement à droite dès qu'une question entre salariés et patrons est à trancher.

 Il ne faut pourtant pas désespérer des sondages. Ceux-ci « oublient » de tenir compte de mouvements de fond inéluctable.

Tout d’abord, une partie des électeurs aujourd’hui déclarés à l’extrême gauche se reportera, à contre cœur mais la main propre, sur Ségolène Royal, pour éviter une nouvelle absence de la gauche au second tour.

Ensuite, une partie des électeurs de l’extrême-droite abandonnera, le cœur vivifié mais la main sale, Sarkozy pour retrouver Le Pen ; surtout, lorsque Chirac se sera déclaré en faveur de son favori...

Puis, il faudra tôt ou tard que Sarkozy assume le bilan du gouvernement actuel. Cela se fera dès qu’il quittera le Ministère de l’Intérieur. Et la conséquence sera une baisse supplémentaire des intentions de vote pour sa pomme, alors fléchée de toute part.

Enfin, François Bayrou, malgré ses idées généreuses exprimées avec une franchise rare dans son livre "projet d'espoir", ne mènera pas les électeurs de gauche par le bout du nez jusque dans le secret de l’urne, comme il l'a entrepris avec certains hauts dignitaires du Parti Socialiste qui seraient « prêts à le rejoindre ». Au dernier moment, face à l'enveloppe, nombre des gens de gauche se souviendront comment ils se sont grandis, quelles ont été, sont et seront leurs valeurs.

Jaurès affirmait : « On n’enseigne pas ce que l’on sait, on enseigne ce que l’on est. »

Les électeurs de gauche, qui représentent bien au moins la moitié du pays, ne voteront pas ce qu’ils croient savoir voter d’avance, mais en faveur de ce qu’ils sont profondément.

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