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07/03/2007

L’Olympique Lyonnais : une entreprise à la française

La défaite subie hier face à l’AS Roma (2 à 0) au stade de Gerland par l’Olympique de Lyonnais n’est qu’un événement anodin de la vie professionnelle française. En effet, le club rhodanien, qui domine la Ligue 1 depuis des années, est simplement géré comme une entreprise à l’esprit tristement hexagonal. D’où son incapacité à s’élever en Champions League plus haut que les quarts de finale.

Premier défaut entrepreneurial à la française : se prendre pour les meilleurs du marché parce qu’on est leader quelque part.

Incontestablement, les joueurs de l’O.L, comme leurs supporteurs, se considéraient déjà comme des anciens vainqueurs de la Champions League. Alors que, il faut malheureusement le rappeler, Lyon n’a jamais éliminé de grands clubs européens en confrontation directe. Pis, ils sont tombés contre des comètes (le FC Porto, futur vainqueur en 2004) ou des « seconds couteaux » (PSV Eindhoven, AS Roma). Seule heure de gloire relevée jusqu’à présent : la défaite dans les dernières minutes contre le Milan AC en 2006.

Pourtant, ni les joueurs, ni leurs supporteurs n’ont cru bon de rappeler l’essentiel, et à aucun moment : Lyon n’a encore rien gagné au niveau international. Tous s’accordaient à répéter le même slogan (de campagne européenne), y compris le président Aulas : « La Champions League, on la gagnera tôt ou tard ». En 25194, avec cet esprit d’entreprise d’une éternité redoutable, je crains que nous en soyons toujours au même point.

Deuxième défaut entrepreneurial à la française : la faiblesse du management.

Les Lyonnais ont pris de haut ces modestes Romains, deuxième d’un championnat italien parti sans la Juve et avec un Milan AC lesté de points de pénalité. Qu’avait-il à craindre d’une équipe de truqueurs qu’ils avaient tenue en échec à l’aller (0-0) ? Juninho et les siens étaient persuadés que les Romains allaient tricher de bout en bout de la partie. Seulement, voilà : en Italie, on a compris que le football était le seul sport collectif où une équipe en théorie plus faible pouvait s’imposer – c’est d’ailleurs l’élément majeur qui rend ce sport si populaire. Et que le football, comme tous les autres sports, se gagnaient d’abord avec la tête, puis avec les jambes. Les Romains ont ainsi tiré les leçons du premier match : si on ne peut pas gagner en truquant, alors osons le faire avec talent. Ils ont ainsi marqué deux buts superbes, en prenant tous les risques sur deux contre-attaques. Le premier but de Totti ressemble d’ailleurs étrangement au premier but marqué par le Milan AC l’an dernier : Totti se décale en retrait sur le centre, laissant le défenseur bêtement « plonger » au premier poteau, comme l’avait astucieusement fait Filippo Inzaghi. Sur le second, Coupet manque terriblement d’à propos, reculant comme son défenseur au lieu de monter pour fermer l’angle. Comme sur le but de Chevtchenko l’an dernier…

Or, le management à la française ne sait pas ni s’adapter aux situations nouvelles, ni tirer les leçons de son passé. Il oublie de vivre le seul moment qui vaille : le présent. Or, présentement, l’O.L est en manque de confiance. Et aurait dû, en conséquence, faire le gros dos en attendant des minutes meilleures –surtout en 1ère mi-temps-, comme l’AS Roma l’a fait au match aller.

Troisième défaut entrepreneurial à la française : faire exclusivement confiance à des employés sages.

Les Lyonnais réalisent merveilleusement, et avec un soin inégalé (bientôt six titres consécutifs), ce qu’on leur demande de faire : gagner le championnat de France chaque année. Le club engage donc des garçons sympas, bien dans la ligne du patron, sachant appliquer des consignes sans rechigner. Mais quand il s’agit de se révolter au cours d’un match, il n’y a plus personne… C’est d’ailleurs le « bad boy » de l’AS Roma, Totti, qui a sonné la charge, d’un coup de boule, certes placé avec une intense réflexion. Il n’y a pas de hasard…

Sur le blog d’un pote supporteur de l’O.L, on chambrait ferme l’AS Saint-Etienne, ce club sans palmarès depuis plus de vingt ans. Plus de trente ans après la finale perdue de Glasgow contre le Bayern Munich, nombre d’amoureux du football et de son art premier – les renversements de situation – s’en souviennent pourtant encore. Et sans doute moins des poteaux carrés de Glasgow que du 3 à 0 en prolongations contre le Dynamo Kiev d’Oleg Blockhine, en quarts de finale retour de la Coupe de Clubs Champions (après avoir perdu 2-0 à l’aller). Le football français était pourtant au creux de la vague… Les Stéphanois n’étaient pas des garçons sages. Comme en a témoigné le troisième but de Rocheteau contre Kiev, malgré les crampes.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je ne m’étendrai pas sur le manque de fair-play montré par l’Olympique Lyonnais. On l’a vu hier, Materazzi n’est pas une marque déposée spécifiquement italienne…

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